Dans cette deuxième partie, nous évoquerons l’attitude adopter par les bretoncellois et les bretoncelloises devant  la mort puis nous nous intéresserons au cérémonial tant dans son déroulement que ses coûts.

Préparer sa mort 

Le 9 mars 1698, Jacques Couillin, âgé de 70 ans meurt après une longue maladie. [1] En août 1705, Marie Dutartre femme de Noël Hardy, manœuvre décédait, « en langueur » à l’âge de 35 ans. [2] Comment ces deux personnes, à l’instar de leurs compatriotes, ont-elles préparé leur trépas ?  Quels sentiments  les habitaient ? Avouons-le tout de suite, nos sources sont peu bavardes sur ce sujet. Avant de les présenter, évoquons tout d’abord, en nous appuyant une fois encore sur Mme Scarlett Beauvalet-Boutouyrie, le contexte général.[3]

La mort, nous l’avons évoquée dans la première partie de « Mourir à Bretoncelles au XVII e XVIII e siècle. 1 ere partie»[4],est présente dans la vie quotidienne mais aussi dans l’art et la littérature. A partir du XV e siècle, la crainte de l’Apocalypse devient plus prégnante, la peur du châtiment divin est mieux intégrée. « L’Eglise présente une vision véritablement terroriste de la mort, brandissant la menace de vengeance sur les hommes enclins à oublier un Dieu terrible et jaloux. » Dans les campagnes, les images diffusées par les colporteurs, abondent d’illustrations macabres. Néanmoins « les vivants ont la possibilité d’intercéder pour les morts par leurs prières, en faisant dire des messes ou en participant à des œuvres de miséricorde. Il existe un véritable culte des morts qui montre que les défunts sont toujours parmi les vivants, qu’ils continuent à participer à la vie de l’Eglise et à dialoguer avec les hommes, intercédant auprès des saints pour ceux qui les implorent. Inversement, les morts ont besoin de la prière des vivants. » [5] A partir du XVI e siècle, l’accent est mis sur la préparation au moment inéluctable de la mort. Des traités pratiques sont publiés tendant à enseigner l’art de bien mourir, « la bonne mort ». « Dans ce contexte, la mort subite est le pire qui puisse arriver. Elle est le signe de la réprobation divine, elle peut priver l’homme de tout moyen de rachat » Ainsi, il n’est pas anodin que les prêtres mentionnent cette circonstance dans les actes de décès.[6]

Qu’en est-il à la campagne ? Le concile de Trente met la mort au cœur de son discours, les prêtres sont tenus de prêcher sur ce thème pour édifier les fidèles, ils sont appuyés dans leur prêche par les missionnaires des ordres religieux. A Bretoncelles, la présence de deux  d’entre eux est attestée. Le procès verbal de la visite pastorale effectuée le 6 février  par Nicolas et Jacques Lormeau, doyens ruraux du Perche fait état de la présence de Rotrou ? de Landri, des cordeliers de Chartres en tant que prédicateur « qui aidifis le peuple par parolles et actions ».[7] En 1700, le révérend père Châtenier confesse Jeanne Suasé, peu de temps avant sa mort.[8] On peut penser que les prêtres bretoncellois se sont conformés aux instructions de leur hiérarchie.

Faire son testament.

L’un des moyens de bien préparer sa mort est de rédiger son testament. « C’est une sorte de planification faite à l’avance de sa propre mort et de l’au-delà. Il fixe la destination des biens terrestres, mais il a surtout comme but de régler la destinée de l’âme et du corps, le discours religieux représente en moyenne 55 à 60 % du texte. » [9]  Force est de constater que nous disposons que de peu d’éléments sur les testaments bretoncellois. La raison tient aux sources. En effet, le notariat bretoncellois est extrêmement lacunaire. Pour la période an VIII -1762, il ne reste de l’étude Jouvet qu’une liasse de minutes éparses.[10] Pour contourner ce problème nous avons donc, dans le cadre  de nos recherches, procédé aux  dépouillements des études de Moutiers, la Loupe et Rémalard[11] pour sensiblement  les mêmes périodes. Néanmoins les résultats concernant les testaments sont décevants, on en retrouve peu. Les sources sont-elles uniquement responsables de cette situation ou doit-on en déduire que faire son testament n’était dans les habitudes des bretoncellois, voire les habitants des campagnes percheronnes, nous ne pouvons le dire. La référence à des testaments dans les registres paroissiaux incite à penser que le dépouillement des minutes notariales bretoncelloises  de la première moitié du XVIII e siècle et du XVII e permettrait peut-être d’obtenir un panel suffisamment conséquent pour mener à bien une étude sérielle. Dans l’attente de cette recherche, nous présentons ici les éléments dont nous disposons. Voici tout d’abord, le testament de Nicolas Beaucier, bordager au Paradis, en 1763. « étant en plein santé et corps et esprit sein d’esprit de mémoire et entendement […] qu’il nous est apparu a nous notaire et aux témoins mais craignant d’être prévenu par la mort sans avoir mis ses sentiments au jour, après avoir imploré la miséricorde de dieu […] légue à son épouse Barbe Lemoine tous ce que la Coutume du grand perche luy permet de donner léguer et disposer par testament […] et de faire dire pour le repos de son âme dans la première année de son décès un annuel de cinquante deux messes basses. » [12] En 1777, le testament de Marin Lheureux, journalier aux Boullays « gisant sur son lit malade de corps néanmoins sain d’esprit …. » est construit sur le même modèle, hormis l’introduction, qui reprend une formule classique utilisée par les notaires « lequel considérant la certitude de la mort et l’incertitude de l’heure et ne voulant être prévenu sans avoir mis ses intentions au jour après avoir imploré la miséricorde de dieu … ». [13] Ce dernier  fait de son frère, son légataire toujours dans le cadre de la coutume du Grand Perche et demande un annuel de 52 messes basses.  [14]En 1774, Claude Brière, domestique à la Grande Forêt, gisant au lit malade, ne demande pas de messes pour le repos de son âme [15] alors qu’en 1793, Marie Cannet s’en rapporte à son mari Pierre Darreau, bordager, son légataire pour ses funérailles et les prières qu’il conviendra de dire après son décès. [16] Les références à des testaments figurant dans les registres paroissiaux sont plus intéressantes. Nous avons relevé 11 cas où il est fait allusion à des dispositions testamentaires dans des actes de décès. Elles s’étagent entre 1668 et 1704 soit 36 ans. Le pourquoi de cette situation mérite d’être posé ? Bien sur, les prêtres les ont mentionnées car les dispositions qu’ils renferment signalent des legs mais pas toujours. En absence, de sources plus précises et nombreuses, il est difficile de savoir s’il s’agit  du caractère exceptionnel du testament chez ses paroissiens qui amènerait le curé à en faire état, d’un regain de spiritualité, du statut social du  défunt ou tout simplement du désir du prêtre d’établir des actes de décès plus précis. Dans trois cas, il est juste mentionné que le défunt a fait son testament qu’il s’agisse de Jean Prudhomme trésorier de l’église décédé à 66 ans,[17] de François Marchand à 25 ans, [18] ou de Marie Marchand épouse d’Innocent Moreau voiturier inhumée à 67 ans. [19] Ces trois cas se situent à la fin de la période entre 1694 et 1704. Les huit cas suivants font mention de legs dont le principal but était de favoriser le salut de l’âme du donataire. Le plus complet est celui de Louis de la Clergerie, écuyer, sieur de Teinières, mort en 1684, dans son testament passé devant Jean Darreau, notaire de Bretoncelles, il lègue « 10 livres de rente à l’église fabrique à la charge de dire quatre messes hautes annuellement après les quatre fêtes solennelles et 9 livres à la charité à la charge de messes basses. » Il est précisé que « les neuf livres sont comprises dans 6 livres de rente qu’il avait donné auparavant à la charité. » [20] En 1675, François Feron donne par testament la somme de « cent livres en 3 fois payer à la confrerie de la charité de céans à la charge d’un service solennel tous les ans au jour de son décès » [21] Gratienne Vannier décédée en 1694 «  après avoir reçu les sacrements de l’Eglise comme bonne Chrétienne […] laisse de son bien  au Rosaire et à la charité de céans » [22] En 1681, Dame Marie Lecoq  veuve de Me Louis David vivant bailli de Bretoncelles donne 6 livres de rente à la charité,[23] tout comme Robert Cottard, syndic, à l’église en 1668. [24] La même année Nicolas Salé, âgé de 26 ans crée une rente de 25 sols en échange de messes hautes tous les ans aux fêtes solennelles.[25] Jean Fourmangeau, manœuvre, mort en 1674, a donné 8 livres pour que l’on fasse la prière à son intention aux quatre fêtes solennelles. [26] En 1668, Jacques Mesle fit un legs dont la nature n’est pas précisée aux églises de Bretoncelles et de Moutiers. [27]

Faire prier pour le salut de l’âme.

 Nous avons trouvé dans un registre de baptême le reliquat d’un obituaire. [28] Il s’agit des deux dernières pages du registre de 1651. La feuille recto verso rognée, sur le côté droit, contient deux colonnes : la première des noms, la seconde la mention MH ou MB soit messe haute ou messe basse.[29] Il s’agit de la liste des obits [30] devant être célébrés à l’intention des défunts pour la période de janvier à août. Ce document n’est pas daté mais il est relié à la dernière page du registre. Nous avons compté 115 messes devant être célébrées durant cette période. En raison de l’état du document, seules 88 d’entre elles sont identifiées, 40 sont des messes hautes et 44 des messes basses. Les 115 messes ne correspondent pas à 115 paroissiens, en effet certains noms figurent plusieurs fois et comme nous n’avons pas tous les noms, il est impossible de déterminer combien de personnes sont concernées. Signalons que la liste est mixte. Comme nous l’avons indiqué certains noms reviennent plusieurs fois, Louis Collas, prêtre de Bretoncelles 4 fois, Léonard Verdier lui aussi curé de la paroisse 2 fois Louis de la Clergerie, écuyer 3 fois. Certains sont de « notables »  identifiés Antoine David, avocat, bailly de la châtellenie de Bretoncelles au début du XVII e siècle, Mathurin Deschamp  receveur    de la châtellenie Bretoncelles et Saussay, décédé en 1645 à 50 ans. Préparer sa mort, c’était aussi choisir, si possible, le lieu de son inhumation. Si cette dernière se faisait majoritairement dans le cimetière situé près de l’église paroissiale, la possibilité de se faire enterrer dans l’église au plus près de Dieu existait. Nous aborderons cet aspect de la mort dans une troisième partie. Voici les éléments que l’on peut retirer de ce document mais si songer au salut de son âme après la mort était important  encore fallait-il au moment venu mourir en chrétien.

Mourir en chrétien

 Comme le note Mme Beauvalet-Boutouyrie, « notre connaissance de la mort populaire souffre du manque de sources, mais là aussi on meurt en public selon un cérémonial adapté à sa condition. » [31] Il n’est guère aisé de sonder les cœurs et les âmes surtout à une distance temporelle aussi grande. Les habitants de la paroisse n’ayant pas, à notre connaissance, laissés d’écrit faisant état de leurs préoccupations spirituelles, il nous faut nous en remettre à des témoignages indirects. Par chance, Marin Chapelain, prêtre de Bretoncelles entre 1690 et 1714, peut-être touché par la piété de certains paroissiens se montre plus disert que ces confrères. A deux exceptions, les cas présentés ci-dessus datent de son ministère.

En 1697 Anne David, décède à l’âge de 42 ans « après avoir recu les Saints Sacrements de pénitence, d’Eucharistie et d’extrême onction avec toute la piété chretienne et une grande résignation et après avoir donné la benediction maternelle a tous ses enfants » [32] Le fait d’être malade et de sentir son heure approchée permettait de se préparer comme Camille Sorand décédée d’une longue infirmité et qui s’était confessée plusieurs fois auprès du vicaire et en dernier lieu au curé de la Madeleine Bouvet. [33] Jacques Couillin, 70 ans, meurt après une longue maladie « durant laquelle il s’est confessé a moy pretre soussigne et avoir recu avec toute la piété et dévotion  chrétienne les sacrements de l’Eucharistie et de l’extrême onction. » [34] François Dezandez 71 ans, a fait ses Pâques pendant sa maladie et depuis s’était encore confessé [35] de même que Nicolas Goislard âgé de 22 ans. [36] Marguerite Marchand meurt à 23 ans « après s’être confessé et aussi avoir communier à l’Eglise quoique languissante ; et s’être confessé depuis à moy, et reçu le sacrement de l’Extrême onction par les mains du Sieur Vicaire. » [37] Signalons aussi le cas de deux enfants : Jean Ménager, décédé à 11 ans ayant reçu les sacrements de la pénitence et d’extrême onction mais pas l’eucharistie car il n’avait pas encore fait sa communion. [38] Marie Cothereau quant à elle, âgée de 13 ans, s’était confessée. [39] Si dans les cas ci-dessus nous sommes dans une mort plus ou moins attendue, qu’en était-il lorsqu’elle frappait subitement ? Grâce au prêtre Chapelain, nous possédons quelques exemples de ces paroissiens qui bien que frappés de façon inattendue, sont considérés comme étant mort en bon chrétien et ce  bien que n’ayant point reçu les sacrements prévus. C’est le cas de Michel Hallet, chirurgien décédé de noyade, à l’issue de l’enquête, le curé est « requispar Messieurs de la Justice et les parents du deffunt de luy donner la sepulture Eclessiastique et chrestienne » Ce dernier donne son accord notant « qu’il a fait ses Pâques, et s’est encore confessé à nous aux jours et festes de Pentecôte pour gagner les Indulgences, ayant vescu chrestiennement et frequenté l’Eglise. » [40] Le souhait d’Anne Bodin de mourir en chrétienne à 63 ans  l’amène à recevoir l’extrême onction et le viatique des mains du curé de la Madeleine Bouvet « en voyant qu’il y avait nécessité présente a cause de l’éloignement … » de l’église de Bretoncelles. [41]  Jacques de Couana ? Sieur du Hamel décédé d’un coup de fusil « a demandé le prêtre trois fois » [42]  Sainte Lambert, décédée subitement en janvier 1703 avait reçu « les Saints sacremens de Pénitence et de l’Eucharistie à l’église les festes de Noel dernier ». [43]  Françoise Clouet en 1709, fille de soy de 50 ans  n’a «  pu se confesser ni recevoir les autres sacrements »  mais le curé précise qu’elle avait fait « ses Pasques à la Loupe suivant le rapport qu’il m’en a été fait ». [44] Enfin des circonstances particulières excusent des sacrements incomplets comme Charles Clouet qui ne peut recevoir de saint viatique pour cause d’infirmité [45] ou leur absence comme François Darreau « parce qu’il était imbécile » [46]

Préparer sa mort, mourir en chrétien du mieux que l’on peut est la norme de l’époque. La pression sociale et religieuse y contribue et l’opprobre  frappe celui ou celle qui ne s’y conforme pas comme on peut le voir dans le cas de Marie Tomblaine en 1685. Le 28 décembre cette dernière met au monde trois enfants, qui décèderont de suite, et dont la paternité hors des liens du mariage, est attribuée à Louis Bourgeois. Le même jour, Louise Tomblaine décède aussitôt après son accouchement « sans aucun sacrement, ny apparence d’avoir fait ses Pasques, ny s’être confessé après son pêché, nonobstant les avertissements qui lyu en ont été donnez. Pourquoi elle à ete inhumée ce jourd’hui au soir vingt neufie Décembre au dit an au coin haut du Cimetière où l’on enterre les enfants morts sans baptesme sans aucune ceremonies  ny prieres. »  [47]  Les propos du père Chapelain se passent de commentaire.

 Le cérémonial de la mort avec le concours de la confrérie de charité

Les données disponibles sur le cérémonial de la mort sont peu nombreuses. De surcroit, des variations existent en fonction du statut social, voire de l’âge et du prix que l’on peut payer. Néanmoins, nous disposons d’un document permettant de se faire une idée de certains types d’enterrement, il s’agit de ceux  où l’on fait appel à la confrérie de charité. Deux moments sont renseignés, la levée du corps et l’inhumation, le rituel religieux nous échappant.

L’existence d’une confrérie de charité à Bretoncelles est attestée depuis au moins 1668. Sa présence aux enterrements d’habitants de la paroisse est régulière. Il se trouve que l’on possède des statuts de cette association, confirmés pour la seconde fois par l ‘Evêque 1774 et réimprimés en 1787.[48] M. Leprince, les ayant retrouvés, eut l’heureuse initiative de les publier dans les mémoires de la Société Archéologique d’Eure et Loir en 1957. [49]  Nous ne développerons pas plus avant le rôle et l’organisation de la confrérie car un prochain article sur cette institution est prévue. Nous contenterons extraire les renseignements concernant le cérémonial des défunts ne faisant pas parti de la confrérie. L’article VI du chapitre IV traitant des sépultures et des convois des défunts  précise que si le trépassé n’est pas de la confrérie, il aura droit au même service  que les frères de la charité avec quelques exceptions. La description qui suit tient compte de ces restrictions.

La levée du corps [50]

La sonnerie du glas avertissait la communauté d’un décès. Dans le cas d’un frère de la charité, il s’agissait de quatorze coups de la grosse cloche, ce afin d’avertir les autres frères. En était-il de même pour les autres défunts ?  Les statuts n’en disent rien.  Avant l’inhumation, le crieur se devait de faire les prières au défunt à tous les carrefours.  Les frères de service, munis de leur ornement, de la croix et de la bannière,  d’un drap mortuaire, des buats, de 2 cierges et 2 torches se rendaient alors au domicile du défunt pour y faire le convoi. A proximité de l’habitation, ils devaient se mettre dans l’ordre prévu pour le convoi. L’étape suivante consistait à entrer dans la maison pour y asperger le corps. Celui-ci était ensuite sorti par l’échevin et le prévôt pour être déposé les buats [51]et recouvert du drap mortuaire. Les charitons se relayaient ensuite pour le porter jusqu’à l’église. Pendant le convoi, les frères devaient, avec ordre et respect, porter la croix, la bannière, les cierges et les torches droit devant eux et non sur l’épaule. Le clerc de la charité, revêtu de sa soutane, de son surplis et de son bonnet carré suivait le convoi en chantant suivant l’heure les vigiles ou les vêpres. Le crieur habillé d’une robe, d’une tunique et d’un bonnet carré ouvrait la marche du convoi sonnant avec ses clochettes. Quels doutes subsistent, d’une part sur le nombre de frères requis pour le convoi, au vue du descriptif, il semble qu’il y ait deux porteurs pour les buats, s’y l’on ajoute le crieur et le clerc, les 4 porteurs de cierges et de torches, le convoi de la charité comporterait 8 personnes, sous toute réserve. Si la confrérie était au complet, les 14 frères plus le crieur et le clerc porteraient l’effectif à 16. L’autre point concerne la tenue des charitons. Elle se compose d’après l’article I d’ « une longue robe avec une ceinture, de chaperons sur lesquels sont les images du Saint-Sacrement, de bonnets carrés et souliers, le tout de noir et à l’ordinaire… » [52] mais l’article VInote pour les inhumations de personnes ne faisant pas partie de la confrérie  « l’exclusion des beaux ornements » [53] Que faut-il en déduire ?

L’inhumation.

A l’arrivée à l’église, les porteurs déposaient le corps sur des selles de repos. Les torches et les cierges étaient disposés autour de celui-ci. L’ensemble de la confrérie assistait au service religieux. Le défunt était ensuite porté par deux frères au lieu de sa sépulture pour l’inhumer. Après avoir aspergé le corps, les charitons raccompagnaient les parents, en chantant L’In exitu Israël jusqu’à la sortie de l’église ou jusqu’au domicile du défunt s’il habitait le bourg. Le cérémonial de la mort était plus développé lorsque le défunt faisait parti de la confrérie, nous évoquerons ce point, qui ne concerne qu’une minorité de paroissiens, dans l’étude sur la charité de Bretoncelles.  A l’exception de Léonard de Mars, maçon de 48 ans à « l’heures de vespres » nous ignorons à quel moment de la journée avait lieu la cérémonie. [54] Le cérémonial de la mort et l’inhumation ne pouvant pas toujours se faire rapidement, il existait dans l’église un reposoir des morts comme l’atteste l’acte de décès qui suit signé de Pierre Darreau, curé de Bretoncelles.

« Le 28 jour de mars 1648 fut inhumé Réné fils de Jacques Virloinet et de Louise Garreau sa femme âgé de 3 ans ou environ et a esté le premier corps qui a esté mis sur la pille ? du reposoir des mots que moy curé souzsignez ay fait faire et mettre en la chapelle des trépassés. » [55]

A propos du cimetière, on sait qu’il se trouvait à proximité de l’église. [56] Une croix en signalait la présence dans le paysage du village. Nous possédons quelques renseignements à son sujet. « Le même jour (21 février 1661) a esté planté et beniste la Croix boissée [57] par moy Nicolas Darreau prêtre curé de l’église de Berthoncelles »[58] Cette croix existait toujours en 1703 car Pierre Lavie, tailleur habits,  avait été inhumé dans le cimetière « près de la croix »  [59] Elle futremplacée par une nouvelle en 1747 lors d’une cérémonie qui dut réunir l’ensemble des fidèles.

 « Le jeudi vingt neufieme jour du mois de juillet [1747] feste de St Pierre patron de cette paroisse, fut faitte par Me Pintard curé de St Eliph la bénédiction de la croix du cimetière posée le jour de devant, sur son pied destal aussi fait a neuf en foy de quoy nous curé soussigné avons lecrit ce pour servir de mémoire. » [60]

Dans quelle mesure les paroissiens faisaient-ils appel à la confrérie de charité dont les services n’étaient pas gratuits. Nous avons procédé à un sondage pour en estimer l’importance.  Entre 1700 et 1709, nous avons relevé la présence d’au moins  une confrérie de charité dans 210 inhumations soit près de 41 % des obsèques célébrées dans l’église paroissiale. Dans 146 enterrements soit 69,5 % la confrérie bretoncelloise officie seule. Pour 50 cas, elle est présente avec une autre, enfin elle est absente dans 14 cas, soit 6, 6 %, le service étant effectué par une ou plusieurs charités extérieures.

La répartition par sexe des 210 inhumations où une confrérie est présente est la suivante : 42,8 % de personnes de sexe féminin et 57,1 de sexe masculin. Il est surtout fait appel aux charitons pour les adultes mais on constate cependant que les moins de 20 ans représentent 12,1 % des interventions. Notons que 19 enterrements d’enfants de moins d’un an ont mobilisé une confrérie.  Une large majorité des obsèques  adultes font appel aux  frères de la charité. Les 173 défunt(es) de 20 et plus représentent 88,2 % des décédés de cette catégorie. Enfin, la confrérie extérieure qui intervient le plus à Bretoncelles, soit seule soit de concert avec celle de la paroisse, est celle de Moutiers avec 54 présences (25,4% des enterrements).

L’assistance aux obsèques

On peut penser que faire appel aux charitons permettait de donner un caractère plus imposant au cérémonial de la mort. D’où notre interrogation qui assistait à ces cérémonies dont le caractère répétitif à certaines époques interpelle ? De fait, nous ne connaissons que de peu chose dans ce domaine. Dans la grande majorité des cas deux noms figurent comme témoins qu’ils signent ou pas. On retrouve souvent, par exemple pour la période 1700-1709, les trois sacristains René Chapon, François et Charles Lejeune. Figure aussi, le nom du vicaire, lorsque le curé Chapelain signe l’acte. Parfois figure la mention du père ou du mari voire d’un membre de la famille. Cependant, leur défaut au bas de l’acte ne signifie pas leur absence à la cérémonie. Pour certaines cérémonies néanmoins, probablement en raison du statut social du mort et de sa famille, le rédacteur de l’acte fait allusion  à l’importance de l’assistance. Nous livrons quelques exemples relevés dans les registres paroissiaux de Bretoncelles.

Les expressions qui reviennent sont « de beaucoup de personnes »,[61]  « d’un grand concours de peuple » [62] «  en présence de plusieurs personnes »[63] pourl’enterrement de Marie Magdeleine Durand, âgée de trois jours.

Dans quelques cas, les renseignements sont plus précis, ainsi on signale « le père, un ami et voisin et un ami »[64] pour Jean Roux, fils de Jean, « la présence et assistance de plusieurs de ses voisins, parents et amis, des freres de charité de céans »[65] pour Jeanne Cordier. L’assistance s’avère peut-être plus conséquente lorsque plusieurs confréries de charité officiaient. On en signale deux confréries pour Anne David en 1697[66] (Bretoncelles et La Loupe) trois, (Bretoncelles, la Loupe et Moutiers) pour Marie Gascon,  [67] Anne Chartie, [68] ou Charles Clouet.[69]

Nous terminerons ce chapitre détaillant trois cérémonies mieux renseignées. La première concerne Louis Nicolas Charles, receveur des domaines de Bretoncelles en 1767, en plus du curé Gommier, trois de ses collègues sont présents (Condé, Moutiers et Marolles) ainsi que la charité de la paroisse.[70] Dans notre second exemple portant sur les obsèques en 1782 de Marie Anne Bouillie veuve de René Fettu maréchal, le prêtre décline le nom et le lien de parenté des proches de la défunte. Outre Maître Jean Fettu, son fils vicaire de Lèves-les-Chartres, figure René Thomas, son autre fils, François Goutte son gendre, Joseph Mace, son beau-frère ainsi que François Bouilli son neveu. La présence de la confrérie de charité de la paroisse est aussi mentionnée.[71] Notre dernier exemple date de 1705, il s’agit de l’inhumation de Dame Marie Anne de Riant de Villeray, épouse de Messire Jacques Le Comte de Nonant, seigneur de Bretoncelles, Coulonges et la Madeleine. La cérémonie est dirigée par le curé de St Victor-de-Buthon, en présence de plusieurs ecclésiastiques des environs, des frères de la charité de la paroisse et beaucoup de personnes.[72]

Comme on peut le constater à travers ces exemples, nous ne disposons pas d’éléments chiffrés permettant d’apprécier vraiment l’affluence de ces cérémonies dont on peut penser qu’elles ont mobilisé la communauté, il en est de même pour les cérémonies concernant des paroissiens plus modestes ou lorsque les inhumations se succédaient en période de forte mortalité.

 

Le coût du cérémonial de la mort.

 

Un mention en bas d’un acte de 1666, nous renseigne semble-t-il sur le coût d’une inhumation à  Bretoncelles. Le curé aurait  réclamé pour le fils de Dunois âgé d’un mois la somme de 25 sols. [73] De nombreuses dépenses se trouvaient à la charge des familles suite au décès d’un proche : linceul, cercueil, luminaire, curé et éventuellement son vicaire, sacristain, parfois charité, fossoyeur, et dans certains cas les rituels de mémoire et du salut de l’âme. Elles étaient bien entendue en rapport avec le genre de cérémonial souhaité ou pouvant être assumé. Les inventaires après décès, qui vont être notre source, recèlent au chapitre des dettes passives des renseignements de ce type. Elles sont souvent notées « mémoire » car les héritiers n’en connaissaient pas le montant, néanmoins nous possédons des éléments permettant d’illustrer cet aspect de la mort. Précisons que pallier au problème, évoqué précédemment, des sources notariales concernant Bretoncelles, nous avons été amené à utiliser des exemples provenant de paroisses limitrophes.

Notre étude s’appuie sur 83 inventaires après décès mentionnant des dettes passives ayant trait au cérémonial de la mort, tant pour l’inhumation que les services pour le repos de l’âme. Ces inventaires couvrent un périodes allant de 1764 à l’an 7 (1798). 11 datent des années 1760, 34 pour celles de 1770, 29 pour 1780-1789, 3 pour 1790-1793, 1 pour l’an 6 et 1 pour l’an 7. Il concerne entre autre  27 laboureurs, 16 bordagers, 9 journaliers, quelques artisans … 11 des décédés sont originaires de Bretoncelles, 14 de St-Eliph, 10 de Moutiers, 9 de Meaucé et  Rémalard 8 de Vaupillon,  et Saint-Victor-de-Buthon pour ne citer que les plus représentés. Les renseignements disponibles sont loin d’être complets pour un même enterrement. Citons par exemple le cas de Pierre Germond, laboureur de Moutiers,[74]  nous avons une dette de 42 l 10 s  pour la charité de Bretoncelles [75] et 31 l 4 s au chapelain de la charité de Moutiers pour l’annuel de 52 messes. Mais, il apparaît aussi que la famille doit aussi régler le curé, le sacristain mais elle en ignore le montant.[76] Pour ce qui est de Denis Richard, laboureur à Vaupillon, une dette de 47 livres figure concernant le curé, le sacristain et l’annuel mais le montant du aux charité de Bretoncelles et de la Loupe est inconnu. [77] Néanmoins nous allons essayer de tirer des données disponibles quelques enseignements concernant ces dépenses qui s’inscrivent à la fois dans le désir d’assurer le salut de l’âme du défunt, d’entretenir sa mémoire mais aussi d’afficher une certaine ostentation en particulier dans les catégories sociales pouvant se  permettre d’engager des dépenses importantes.

Les premières dépenses portent sur les actes à accomplir dès le décès.[78] Nous n’en avons retrouvé qu’un exemple, il s’agit d’une dette due à Louise Cottereau veuve de Pierre Lormeau, elle  concerne frais engagés pour garder le corps et avertir la famille d’Enselme Blondeau de Vaupillon.

« trois livres pour avoir gardé le corps mort dudit defunt, avoir averti le pretre et les parents de sa mort et avoir ensuite fait la lessive. » [79] Le terme lessive interpelle s’agit-il de la toilette du mort ? Nous ne nous avancerons pas.

Coût global du cérémonial de la mort.

Les données chiffrées présentées sont à prendre avec prudence car nous ignorons la plupart du temps si elles recouvrent la totalité des sommes engagées. Nous avons évoqué le cas des dépenses dont la famille ignore le montant mais il ne faut pas oublier celles qui ont pu déjà être réglées avant l’inventaire. De fait, dans un grand nombre de situation, nous sommes en présence de minima. Les dépenses présentées ici recouvrent, si possible, l’ensemble d’une inhumation de la levée du corps effectuée éventuellement par une charité jusqu’aux messes mémorielles : octave, bout de l’an, annuel y compris le prix du cercueil lorsque nous avons ce renseignement.

Le montant maximum présent dans notre documentation s’élève à 94 livres pour François i, laboureur de Meaucé en 1771.  Il se décompose en 12 l pour l’inhumation, 1 l 10 s pour le sacristain, 15 l 6 s pour les confréries de charité de la Loupe (7 l 9 s) et Moutiers (7 l 17 s), 6 l 6 s de luminaire et 53 l pour les   messes à sa mémoire et 6 l de cercueil. [80] Autre exemple, moins élevé celui de François Lecointre, bordager à Bretoncelles en 1788. La somme à régler au curé est de 3 l, 1 l au sacristain, 4 l 7 s à la charité soit 8 l 7 s, si d’après les données que nous possédons, on estime le luminaire à 2 l 5 s, un cercueil coûtant à cette époque 6 livres, on obtient un total de 16 l 12 s sans qu’il soit à priori question de service[81] mémorial.[82] Pour Marie Huard, épouse d’un laboureur à Meaucé en 1772, la famille doit 12 L 7 s au curé et au sacristain tant pour l’inhumation que le service d’octave, 2 l 4 s pour la charité, 1 l 18 s pour le luminaire soit 16 l 9 et 22 l 9 s en ajoutant le cercueil à 6 livres.[83]

Globalement, il  semble que nos cérémonials s’inscrivent dans trois fourchettes une première de 50 livres et plus, une seconde entre 40 et 20 livres et une troisième moins de 20 l suivant le choix du service, la présence ou non d’une confrérie de charité, de l’existence et de l’importance de messes pour le repos de l’âme.

 

Appréciations des différents « postes » de dépenses

 

Après avoir essayé d’effectuer une pesée globale des coûts d’inhumation, nous allons nous intéresser aux différents « postes » de dépenses.

 

Curés, vicaires et sacristains.

Il semble que pour une inhumation simple, le montant à régler au curé ou à son vicaire était de trois livres comme par exemple  Guillaume Lecointre, bordager à Vaupillon en 1772[84] à 4 livres pour Louis Roullin, journalier à St Eliph en 1785.[85] Dans le cas où un service était prévu et selon probablement sa nature, la dépense s’étageait entre 7 et 20 livres. On relève ainsi dans notre documentation 8 livres pour Jeanne Berrier à Rémalard en 1779,[86] 16 pour Louis Landais laboureur à Coulonges en 1768 [87] ou 20 pour Louis Chiffard, laboureur à Meaucé en  1770.[88]  Les montants varient sensiblement suivant le service rendu au défunt et les possibilités de la famille. Ainsi pour l’intervention du curé, du vicaire et du sacristain la note globale due est de 4 l 15 s pour l’enterrement de Jeanne Marchand veuve d’un tissier de Bretoncelles en 1787[89] et 12 L 5 s pour Jeanne Texier veuve d’un bordager de St Eliph en 1776.[90] Concernant les sacristains, les montants vont de 1 à 3 livres voire plus si ce dernier fourni le luminaire.

Le luminaire.

Les dépenses dépendent bien sûr du choix fait par la famille. Les statuts de la charité de Bretoncelles évoquent 2, 4 ou 6 cierges ainsi qu’un même nombre de torches. Il semble que les coûts aillent de 1 à 4 ou 5 livres sans que l’on soit assuré que ces montants concernent uniquement l’inhumation. Pour François Mocher, laboureur de Meaucé en 1771, déjà évoqué, le luminaire s’élève à 6 L 6 s  en intégrant l’octave et le bout de l’an.[91]  Il se monte à 9 livres pour Jacques, laboureur à ST Victor-de-Buthon dans les mêmes circonstances.[92] Dans certains cas, les sommes, nous le verrons dans la conclusion pouvait être beaucoup plus importantes.

Les charités

Les montants que nous avons notés  dans les inventaires après décès vont de 1 L 5 s pour Louise Darreau à Bretoncelles [93] à 16 livres pour Marie Anne Jobin à St Eliph.  [94] Deux cas dépassent ces montants 21 L 2 s pour Charles Soret à Dorceau et 42 L 10 s [95] pour Mathieu Germond à Moutiers.[96]Le nombre de charités présentes influent sur les montants, en général deux, beaucoup plus rarement trois. Ainsi toujours pour François Mocher, la note s’élève à 13 L 16 s partagée de façon égale entre les confréries de La Loupe et Moutiers. Pour l’inhumation de Jean  Cerceau, la famille règle 8 L 11 s aux frères de La Loupe et 1 L 13 s à ceux de Bretoncelles. [97] L éloignement du lieu de l’inhumation en cas d’intervention hors de la paroisse et le type de « prestation » rendue influençait aussi sur le coût.

Aperçu du coût des prières mémorielles.

Les inventaires après décès que nous avons étudié font référence à trois périodes où des prières sont dites à la mémoire et pour le salut d’un défunt. Il s’agit de l’annuel, de l’octave et du bout-de-l’an.  Dans le Dictionnaire de L'Académie française de  1762 l’annuel « se dit d'une Messe que l'on fait dire tous les jours pendant une année, pour une personne morte, à compter du jour de sa mort » [98] Les inventaires étudiés font référence à 52 messes basses soit plutôt une par semaine.[99] Le montant de ce service va de 25 à 36 livres.  C’est ce dernier montant que règle la famille de Laurenceau Anne veuve bordager de Bretoncelles en 1781.[100] L’octave toujours d’après le Dictionnaire de L'Académie française de  1762 répond à la définition suivante « On appelle ainsi Les huit jours pendant lesquels on solennise les Fêtes principales de l'année, comme, Pâques, la Pentecôte, la fête Dieu » [101] Nous en ignorons le montant car il est souvent payé au prêtre globalement avec l’inhumation. Le  « Service du bout de l'an ou bout de l'an [est un]service religieux célébré pour un défunt au jour anniversaire de sa mort »  [102] Il en coûte 10 livres aux héritiers de Feron, compagnon  tuilier de Vaupillon en 1779.[103] Nous pouvons ajouter qu’une messe basse coûtait  environ de 10 sols.            

Le coût de la mise en terre.

Il s’agit là d’un acte plus matériel, même si nous le verrons dans un autre article le choix de l’endroit n’était pas anodin. Il nous permet d’évoquer un personnage quoique plus discret mais indispensable au cérémonial de la mort, il s’agit du sacristain. Son action peut être variée. Prenons l’exemple de François Lejeune, premier sacristain à Bretoncelles dans les années 1700. Il officie à la fois comme crieur de la charité,[104] porte clochette mais aussi fossoyeur.[105] Son nom, comme celui de son collègue, est aussi mentionné comme témoin. Le rôle du sacristain comme fossoyeur est attesté plusieurs fois, le creusement de la fosse coûte deux livres pour l’inhumation de Marie Dubois, épouse d’un compagnon cordonnier à Rémalard en 1778. [106] Le sacristain peut aussi être amené s’occuper du luminaire voire du cercueil. En 1783, celui de Rémalard touche 9 livres pour l’ouverture de la fosse et le cercueil de Jacques Derouet meunier cette paroisse. [107] Un cercueil seul revenant à 5 livres dans les années 1760, 6 pour celles de 1780[108] et 7 à partir de 1790.

 Un cérémonial ostentatoire

Si l’importance du cérémonial de la mort réside dans les dispositions prises pour assurer le salut du défunt, cela peut aussi être pour ceux qui le peuvent et le souhaitent l’occasion d’affirmer son statut social et son rang dans la communauté paroissiale. A n’en pas douter, dans les communautés rurales qui nous intéressent et sans atteindre les niveaux existant dans les villes proches, cette préoccupation était présente. Les sources dont nous disposons sont malheureusement rares. Le premier exemple concerne pour Jacques Hardy, laboureur à ST Victor-de-Buthon dont l’inventaire après décès signale une dette de 2 minots de blé devant être converti en pain pour une distribution aux pauvres le jour de son inhumation, ce don devant être renouvelé le jour anniversaire de son décès.[109] Le deuxième exemple appartient à Dame Loiselay Marie Madeleine veuve Janvier de St-Eliph en 1767. L’inventaire signale une note considérable par rapport à notre panel de 49 L 10 s pour le luminaire dont 13 L 10 s, le notaire a pris soin de le préciser, sont attribués aux pauvres pour le service de son inhumation. A cela s’ajoute une distribution de pain  47 l 10 réglés au boulanger toujours au profit des pauvres le même  jour, le total des dettes connues de l’inhumation de la Dame Loiselay s’élevant à 130 livres.[110]

Au terme de ce tour d’horizon des différents visages que recouvrait la mort à  Bretoncelles et dans le Perche au XVII e, XVIII e siècle, il nous reste un dernier aspect à étudier, il s’agit des inhumations au sein du sanctuaire paroissial, ce point fera l’objet d’un prochain article.



[1] 9/3/1698 B.M S 22/2/1696- 1699 3NUMECRP61/EDPT493_33 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[2] 24/8/1705 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35_2 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[3] Scarlett Beauvalet-Boutouyrie La population française à l’époque moderne démographie et comportement  Belin Sup Histoire 2008, p 320 et suivantes.

[4] http://bretperche.canalblog.com

[5] Op. cit., p 322

[6] Voir « Mourir à Bretoncelles au XVII e XVIII e siècle. 1 ere partie. »

[7] G. 809. (Cahiers.) — In-folio, papier, 208 feuillets. 1644-1668.Procès-verbaux de visites faites par Nicolas Lormeau, chantre de Saint-Jean de Nogent-le-Rotrou, et Jacques Lormeau, curé à la  de Notre-Dame de Nogent-le-Rotrou, tous deux doyens ruraux du Perche, dans les paroisses de leur doyenné   A.D.E.L

[8] 13/07/1700  B.M.S 1700 3NUMECRP61/EDPT493_35_1  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[9] Scarlett Beauvalet-Boutouyrie.   Op.cit., p 326

[10] Etude Jouvet, notariat de Bretoncelles. 4E 184/297 A.D.O

[11] Les études de ces deux communes renferment de nombreux actes de différents types concernant Bretoncelles.

[12] 12/4/1763 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/455 A.D.E.L

[13] 23/4/1777 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/483 A.D.E.L

[14] Op.cit.;

[15] 10/1/1774 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/478 A.D.E.L

[16] 27/9/1793 Etude Boullay, notariat de Loupe.  2 E 65/519. A.D.E.L

[17] 15/2/1699 B.M.S 22/2/1696-1699 3NUMECRP61/EDPT493_34  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[18] 2/2/1694 B.M.S 15/2/1692-22/2/1696 3NUMECRP61/EDPT493_33  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[19] 18/11/1704 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35_2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[20] 29/5/1684 B.M.S 1681-1685 3NUMECRP61/EDPT493_29  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[21]21/7/1675 B.M.S 4/1/1675-18/12/1675 3NUMECRP61/EDPT493_25  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[22] 21/9/1694 B.M.S 15/2/1692-22/2/1696 3NUMECRP61/EDPT493_33  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[23] 19/1/1681 B.M.S 1681-1685 3NUMECRP61/EDPT493_29  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[24] 24/10/1668 B.M.S 1666-1668 3NUMECRP61/EDPT493_21  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[25] 18/6/1668 B.M.S 1666-1668 3NUMECRP61/EDPT493_21  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[26]19/2/1674 B.M.S 3/1/1674-19/3/1675 3NUMECRP61/EDPT493_24  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[27] 12/2/1668 B.M.S 1666-1668 3NUMECRP61/EDPT493_21 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[28] « Livre contenant la liste des défunts pour l'anniversaire desquels une communauté devait prier ou célébrer un obit. » http://www.cnrtl.fr/definition/obituaire

[29] Baptêmes 19/2/1642 – 1/5/1651 3NUMECRP61/EDPT493_10  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[30] Messe célébrée par fondation pour un défunt à la date anniversaire de son décès http://www.cnrtl.fr/definition/obit

[31] Scarlett Beauvalet-Boutouyrie.   Op.cit., p 330

[32] 21/8/1697 B.M.S 22/2/1696-1699 3NUMECRP61/EDPT493_34  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[33] 27/3/1707 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[34] 9/3/1698 B.M.S 22/2/1696-1699 3NUMECRP61/EDPT493_34  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[35] 13/4/1709 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[36] 9/5/1703  B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[37] 23/8/1707 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[38] 20/4/1747 B.M.S 1741-1749 3NUMECRP61/EDPT493_38-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[39] 8/12/1703 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[40] 18/10/1705 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[41] 27/11/1711 B.M.S 1710-1711 3NUMECRP61/EDPT493_36-1  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[42] 19/1/1699 B.M.S 22/2/1696-1699 3NUMECRP61/EDPT493_34  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[43] 3/1/1703 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[44] 27/5/1709 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[45] 20/10/1748 B.M.S 1741-1749 3NUMECRP61/EDPT493_38-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[46]8/12/1693 B.M.S 15/2/1692-22/2/1696 3NUMECRP61/EDPT493_33  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[47] 28/12/1695 B.M.S 15/2/1692-22/2/1696 3NUMECRP61/EDPT493_33  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[48] Imprimerie de Fr Le Tellier, imprimeur du Roi, rue des Rois-Maillet, au Soleil d’Or Chartres 1787

[49] A.Leprince  La confrérie de charité de Bretoncelles à la veille de la Révolution Mémoire de la Société Archéologique d’Eure-et-Loir. Tome XXI (1957-1961) p 325-346. Chartres 1961.

[50] A partir des articles I, II, III du chapitre IV traitant des sépultures et des convois des défunts. Op.Cit., p 334, 335

[51] Nous n’avons pas trouvé de définition de ce terme. On peut penser qu’il s’agit soit d’une civière ou d’un brancard permettant de porter le corps plus facilement.

[52] Article I, Op.cit.,p 327

[53] Article I, Op.cit., p 336

[54] 21/7/1699 B.M.S 22/2/1696-1699 3NUMECRP61/EDPT493_34  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[55] 28/3/1648 Sépultures 29 mars 1640-23 avril 1651 3 NUMECRP61/EDPT493_18 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[56] En 1856, le conseil municipal votera son déplacement route de Condé. D’après l’étude d’ Yves Yvard,  Bretoncelles, l’église Saint-Pierre et Saint Paul, dans Cahiers percherons 2013, n° 195 p 13.

[57] L’ Abbé Alphonse ANGOT donne comme  explication au terme croix boissée Il s’agit de « la croix du cimetière, celle qu'on nommait la Croix-Boissée, parce qu'on l'habillait de buis aux jours de station. » Dans Note épigraphique, dans Les Annales fléchoises, t. XII (1911), p. 153-157. [De l'invitation à réciter l'Ave Maria.] Mis en ligne par : Archives départementales de la Mayenne  archives@cg53.fr Référence : FR-AD53-BN-0133

[58] 21/2/1661 B.M.S 1658– 1663 Côte : 3 NUMECRP61/EDPT493_ 9 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[59] 18/8/1703 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35_2 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[60] 29/7/17471741-1749 3 NUMECRP61/EDPT493_ 2 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[61] Obsèques de Michel Hallet, chirurgien. 18/10/1705 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[62] Obsèques de Me Jacques de la Croix, curé de Dorceau, ex curé de Bretoncelles 20/8/1697 B.M.S 22/2/1696-1699 3NUMECRP61/EDPT493_34  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[63] 27/4/1705 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35_2 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[64] 2/9/1671 B.M.S 11/1/1771-14/1/1774 3NUMECRP61/EDPT493_23  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[65] 31/07/1695 15/2/1692-22/2/1696 3NUMECRP61/EDPT493_33  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[66] 21/8/1697 B.M.S 22/2/1696-1699 3NUMECRP61/EDPT493_34  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[67] 1/2/1706 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[68] 29/12/1707 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[69] 20/10/1748 B.M.S 1741-1749 3NUMECRP61/EDPT493_38-2  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[70] 8/4/1782 B.M.S 1780-13/1/1786 3NUMECRP61/ EDPT493_42D ORNE http://archives.orne.fr

[71] 19/3/1767 B.M.S 1767 3NUMECRP61/ EDPT493_42  A A.D ORNE http://archives.orne.fr

[72] 29/8/1705 B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35_2 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[73] 17/11/1668 B.M.S 1666-1668 3NUMECRP61/EDPT493_21  A.D ORNE http://archives.orne.fr

[74] 23/1/1778 Etude Charpentier, notariat de Moutiers.  4E 184/343 A.D.E.L

[75] Le montant élevé dû à la Charité de Bretoncelles s’explique, probablement, par le fait qu’ancien frère de la confrérie, Pierre Germond a souhaité bénéficier du service, beaucoup plus imposant, prévu pour les charitons

[76] Ibid.,

[77] 18/1/1790 Etude Boullay, notariat de Loupe.  2 E 65/415 A.D.E.L

[78] La période qui précède le décès est mieux documentée, les inventaires après décès signalent des sommes dues à des  gardes malades, ainsi d’ailleurs que des achats de vin et de viande  pour soutenir l’agonisant au même titre que des frais de médicaments et de chirurgien.

[79] 16/5/1772 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/472 A.D.E.L

[80] 31/1/1771 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/470 A.D.E.L

[81] « Service, Se dit aussi, Des Messes hautes & des Prieres publiques qui se disent pour l'ame d'un deffunt. » Dictionnaire de L'Académie française, 1st Edition (1694)http://portail.atilf.fr/cgi-bin/dico1look.pl?strippedhw=service

[82] 26/9/1788 Etude Boullay, notariat de Loupe.  2 E 65/505 A.D.E.L

[83] 15/9/1771 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/471 A.D.E.L

[84] 7/9/1772 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/473 A.D.E.L

[85] 28/5/1785 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/497 A.D.E.L

[86] 26/2/1779 Etude Regnard Notariat Rémalard 4 E 205/71 A.D.O

[87] 22/2/1769 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/463 A.D.E.L

[88] 17/5/1770 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/467 A.D.E.L

[89] 10/12/1787 Etude Charpentier, notariat de Moutiers.  4E 184/350 A.D.E.L

[90] 16/2/1776 Etude Boullay, notariat de Loupe.  2 E 65/481 A.D.E.L

[91] 31/1/1771 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/470 A.D.E.L

[92] 17/7/1788 Etude Boullay, notariat de Loupe.  2 E 65/513 A.D.E.L

[93] 28/7/1775 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/480 A.D.E.L

[94] 25/5/1765 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/457 A.D.E.L

[95] 1/7/1778 Etude Charpentier, notariat de Moutiers.  4E 184/339 A.D.E.L

[96] 19/1/1778 Etude Charpentier, notariat de Moutiers.  4E 184/343 A.D.E.L

[97] 5/6/1765 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/457 A.D.E.L

[98] Dictionnaire de L'Académie française, 4th Edition (1762) http://portail.atilf.fr/cgi-bin/dico1look.pl?strippedhw=annuel 1762

[99] Ainsi que dans le testament de Nicolas Beaucier « et de faire dire pour le repos de son âme dans la première année de son decés un annuel de cinquante deux messes basses. » 12/4/1763 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/455 A.D.E.L

[100] 28/8/1781, justice seigneuriale de la Loupe B 3115 A.D.E.L

[103] 28/9/1779 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/482 A.D.E.L

[104] Les statuts de la charité de Bretoncelles font état d’une rémunération de 5 sols pour le crieur dans son article IX. Op.cit.,

[105] 17 et 21/3/1707 -  B.M.S 1702-1709 3NUMECRP61/EDPT493_35_2 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[106] 16/&/1778 Etude Berrier Notariat Rémalard 4 E 205/70 A.D.O

[107] 27/6/1783 Etude Quinon  notariat Rémalard 4 E 205/75 A.D.O

[108] Inventaire Anne Laurenceau Bretoncelles 28/8/1781, justice seigneuriale de la Loupe B 3115 A.D.E.L

[109] 17/7/1788 Etude Boullay, notariat de Loupe.  2 E 65/513 A.D.E.L

[110] 2/5/1767 Etude Mousseau, notariat de Loupe.  2 E 65/461 A.D.E.L