Les domestiques, tant hommes que femmes, [1] pesaient un poids important dans la société de l’Ancien Régime que cela soit à la ville comme à la campagne. L’étude de ce groupe social sera en raison du cadre géographique retenu, axée sur la domesticité agricole[2], nous nous attacherons à en présenter les différents aspects.

« Au sein du monde, difficile à connaître de la domesticité, les domestiques agricoles constituent sans doute le groupe des plus malaisés à cerner », nous prévient Jean-Pierre Gutton dans sa synthèse sur les domestiques et les serviteurs[3] , ouvrage que nous solliciterons souvent. Outre le problème des sources, sur lequel nous reviendrons, il pointe « Ce silence, difficile à dissiper, tient aussi au caractère très transitoire de l’état de domestiques […] plus marqué encore pour les domestiques agricoles ». Il ajoute « Un manouvrier peut, durant quelques mois, trouver un emploi de domestique. C’est là, pour lui, l’assurance d’être nourri chaque jour et c’est beaucoup. Mais les places de domestiques ne sont pas partout abondantes, particulièrement en hiver. Surtout le domestique agricole est assez souvent un jeune homme qui s’est placé parce que l’exploitation familiale ne pouvait le nourrir. S’il est fils unique, il est probable qu’il retournera sur l’exploitation à la mort de son père. Ces passages compliquent bien la saisie de ce groupe mouvant. » [4]Il convient maintenant de présenter les principales sources nous ayant permis d’appréhender cette catégorie sociale.

 

Les sources : les domestiques, un groupe social peu présent dans les archives.

Jean-Pierre Gutton pose bien les données du problème en décrivant les sources : « qui [les] renseignent directement sont peu nombreuses. Précisément parce que la domesticité est dans la dépendance et la subordination, elle n’apparaît que rarement dans des documents qui lui sont propres. » [5] Il ajoute à propos des domestiques agricoles « Comment auraient-ils pu laisser une multitude de documents puisque la plupart d’entre eux vivaient chez des maîtres analphabètes et, bien sûr, étaient analphabètes eux-mêmes ? » [6]

Nous situant dans une perspective de microhistoire d’un territoire, nous avons pu mobiliser des sources déjà utilisées dans d’autres circonstances. Il s’agit tout d’abord des registres paroissiaux de Bretoncelles dont nous avons effectué un dépouillement systématique, les domestiques apparaissent principalement dans les actes de mariage.  Concernant les archives notariales, ils émergent dans les contrats de mariage, très rarement dans les actes de vente, les baux et les inventaires après décès.  Dans les archives judiciaires, c’est dans la situation compliquée des déclarations de grossesse que l’on voit poindre les servantes. Les sources fiscales consultées sont d’un apport limité, peu de chefs de famille sont notés domestiques. Leur présence est plus importante dans celles  ne les concernant pas directement, à savoir les inventaires après décès de leurs maîtres, comme à travers la présence de lits dans l’étable ou l’écurie, mais surtout au chapitre des dettes passives. Reste, une source du début du XIXe  siècle, le recensement de l’an XIII (1805), il nous a permis  de dresser un état des lieux de la domesticité à Bretoncelles au début du XIX ésiècle.

Nous avons aussi sollicité à de nombreuses reprises l’ouvrage de Jean-Pierre Gutton, [7] n’hésitant pas à le citer longuement. Il nous a été utile pour replacer notre étude dans un cadre plus large, ses apports sur des aspects de la domesticité que nous ignorons se sont avérés indispensables. En utilisant ces différentes sources, dont le détail sera précisé au fur et à mesure, nous avons essayé de donner un peu de visibilité à ce groupe social indispensable au fonctionnement des exploitations agricoles.

 

Un groupe social difficile à cerner. 

Pour tenter de cerner les domestiques en tant que groupe social, nous avons constitué un fichier portant sur le  XVIIIe siècle ; la seconde source utilisée concerne le début du XIX e, il s’agit du recensement de l’an XIII (1805) de la commune de Bretoncelles.[8]

 Constitution d’un fichier de domestiques.

En mobilisant les données en notre possession, nous avons pu identifier 211 domestiques : 113 hommes et 98 femmes. Notre principale source pour constituer notre fichier a été la base de données que nous avons réalisée lors du dépouillement des registres paroissiaux de Bretoncelles.[9] La base mariage nous a fourni le nom de 155 ayant convolé à Bretoncelles ou demandé un congé de bans, 113 entre 1740-1792 et 42 entre 1700 et 1739.Cet évènement  étant un moment charnière dans la vie de ce groupe, nous avons aussi utilisé 16 contrats de mariage provenant de nos recherches, en cours, du fond notarial de La Loupe. Autre source concernant plus spécifiquement les servantes, les déclarations de grossesses, nous en avons 16, elles aussi proviennent des études notariales de La Loupe et des archives de la  justice seigneuriale du même lieu, là aussi le dépouillement est en cours. 12 actes de décès et 4 actes de naissance provenant de nos bases de données ont aussi été sollicités.[10] D’autres noms de domestiques sont connus, en particulier dans les inventaires après décès, malheureusement nous n’avons pas d’éléments les concernant, l’absence de renseignements sur leur filiation empêchant de les repérer sans risque d’erreur, dans la base Geneat. Concernant les 211 domestiques de notre panel, nous avons pu, de façon plus ou moins complète, en utilisant nos bases de données et la base Geneat, collationner des données permettant d’appréhender la domesticité bretoncelloise et des environs entre 1700 et 1792. Notre fichier nous renseigne sur leur situation vis-à-vis de la majorité, leur âge direct ou approximatif, le métier du père et s’il était vivant ou non au moment où nous l’identifions, le nom de son conjoint éventuel, son métier et celui de son père ainsi que des éléments concernant son domicile sans qu’il soit forcément possible de discerner s’il s’agit du domicile des parents ou du lieu d’exercice. Enfin pour les hommes, nous avons essayé de retrouver leur profession après avoir quitté l’état de domestique.

A titre d’exemple voici ce que l’on peut écrire concernant trois domestiques de notre panel. Etienne Bigot fils d’un journalier décédé est âgé de 35 ans lorsqu’il se marie à Bretoncelles en 1772 avec Marie Blondeau, fille d’un foulon. [11] On le retrouve un peu plus tard journalier. Jeanne Riguet est âgée de 31 ans, fille d’un bordager de St Germain-des-Grois où elle est domestique, elle épouse en 1760 René Laiguillet, lui aussi domestique à Rémalard, fils d’un manœuvre de Bretoncelles. [12] Enfin, Marguerite Laillet, fille de Jean, journalier décédé et Jeanne Vallé, elle meurt à 22 ans, chez François Goblet à Vaupillon où elle était servante. [13] Il va s’en dire que toutes nos fiches sont loin d’être aussi complètes.

 L’apport du recensement de l’an XIII (1805).

Le recensement de l’an XIII nous apporte également des renseignements sur l’âge des domestiques, il nous est de même précieux pour ce qui est du poids de la domesticité tant dans la commune que dans les familles. Il permet apprécier leur origine géographique et depuis quand ils sont présents à Bretoncelles.

 Description d’un groupe social : les domestiques à Bretoncelles et dans les environs du XVIIIe au début du XIXe siècle.

Un groupe social jeune.

 Deux données sont disponibles pour apprécier l’âge des domestiques de notre panel, leur situation par rapport à la majorité et pour un certain nombre leur âge direct ou approximatif.

Sur les 113 domestiques hommes de notre panel, 41,9 %  (47) sont mineurs, c’est à dire âgé de moins de 30 ans et 33,9 % (38) sont majeurs, ils ont  30 ans et plus. Le taux d’inconnus est de 24,1 %. Chez les servantes, au nombre de 98, 24,8 % sont mineures, elles ont moins de 25 et 58,1 % (57) sont majeures, de fait âgées de 25 ans et plus. Le pourcentage d’inconnues est de 17,1. L’âge direct ou approximatif permet d’affiner notre propos. Ce dernier est connu pour 62 domestiques masculins soit 55,3 % d’entre eux et 56 domestiques femmes (57,1%). L’âge moyen des hommes s’établit à 28,7 ans, celui des servantes à 26,9. L’âge moyen des hommes est tiré vers le haut par la présence de quatre domestiques ayant plus de 40 ans. Parmi eux, citons Toussaint Blondeau, 46 ans et Pierre Froissant, 55 ans. Il s’agit de leur âge au décès. Toussaint Blondeau étant noté comme « mort subitement ».[14]On ne doit pas pour autant en déduire qu’ils ont passé toute leur vie comme domestique, il est aussi possible qu’ayant connu des revers de fortune, ils aient été amenés à se placer à un âge avancé.

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Le graphique ci-dessus illustre la répartition par tranche d’âge. 61,2 % des hommes dont l’âge est connu ont entre 20 et 29 ans contre 69,6 % pour les femmes. La jeunesse du groupe des domestiques n’est pas une surprise.

Les apports du recensement de l’an XIII.[15]

 Sans surprise, comme le montre le graphique ci-dessous, là aussi, il s’agit d’une population jeune. La classe d’âge 15-24 ans représente 54,7 %. Si l’on y ajoute, les 12-14 ans, on arrive à 68 %. On remarque la prédominance des femmes chez les 15-19 (66 contre 40). Il s’agit vraisemblablement de jeunes servantes affectées, entre autres, aux tâches ménagères. A l’autre extrémité, les plus de 50 ans ont au nombre de 9. Quatre hommes dont 2 de 72 ans et 5 femmes âgées respectivement de 52, 60 (2), 62, 66.

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 Origine sociale des domestiques.

 Les deux graphiques ci-dessous permettent de visualiser l’origine sociale de 114 des 211 domestiques des deux sexes de notre fichier soit 54% dont le métier du père est connu. Ils se répartissent ainsi 71 hommes  sur 113 (62,8 %)  et 43 femmes sur 98 (43,8%). On constate que la part des journaliers et des manœuvres est sensiblement la même pour les deux sexes, près de la moitié. Les fils de laboureurs et de bordagers sont plus nombreux que les filles. Il faut probablement y voir pour certains une forme de mise en apprentissage. A l’opposé, les filles de tisserands et assimilés sont plus nombreuses à être placées, les fils restant plus fréquemment auprès des pères pour apprendre le métier. Néanmoins, cette remarque est à prendre avec précaution, car les effectifs concernés sont peu importants. Une impression générale demeure : les domestiques des deux sexes sont plutôt issus des classes populaires.

 

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Quelques exemples de famille de domestiques.

 Dans ce chapitre, nous allons présenter quelques domestiques et leur famille proche, afin de mettre quelques noms sur les chiffres. Ils nous sont mieux connus, car nous possédons leurs inventaires après décès, deux autres, Louis Coignard et Françoise Douveau ayant un domicile hors de l’exploitation seront évoqués ultérieurement. En 1780, Marin Marchand, engagé chez le nommé Esnault, laboureur à Moutiers-au-Perche[16] meurt à l’âge de 23 ans. [17] Il était le fils de René, journalier[18] et de Françoise Tranchand, tous deux décèdés. Il avait deux frères Louis et François et une sœur Barbe.

Nous savons peu de choses sur Jeanne Noëlle Levêque, âgée de plus de 30 ans, probablement pas originaire de la région,  cette cuisinière décède chez le sieur Denis à l’usine du Moulin Renault à la Madeleine Bouvet en prairial an 7. On sait seulement que mère célibataire, elle avait une fille de 7 ans Marguerite Renée Elisabeth.[19] La domesticité était parfois l’état obligé de plusieurs membres de la famille. Voici le cas de celle de Charles Manguin, laboureur de St Eliph et Jeanne Hermeline. En 1765, les parents sont décédés, sur les 6 enfants trois sont domestiques, Marie Jeanne à La Loupe, Marie et Gabriel à St Eliph. Charles est noté garçon majeur. Julienne est mariée à un journalier. Marie Louise est infirme suite et à la convention signée entre les frères et sœurs, elle est hébergée chez son beau-frère en échange des ouvrages que son état  lui permet. [20]

Le poids de la domesticité dans une paroisse rurale percheronne.

Jean-Pierre Gutton le  déplore : « L’indigence de notre information s’étend d’abord au nombre des domestiques agricoles ». [21] Concernant le XVIIIe siècle, en l’état des sources, mesurer le poids des domestiques, dans une paroisse comme Bretoncelles n’est pas possible. On peut juste et en étant prudent fournir quelques éléments au niveau de certaines exploitations. Pour le début du XIXe, nous le verrons, le recensement de l’an XIII permet d’en  connaître l’importance.

 Quelques données sur le nombre de domestiques dans les exploitations agricoles au  XVIIIe siècle.

 Nous avons essayé d’apprécier le nombre de domestiques dans les exploitations agricoles à travers les dettes passives figurant dans les inventaires après décès de leur maître. Nous avons des renseignements pour 36 laboureurs, 11 bordagers auxquels nous avons adjoint 3 meuniers soit 49 cas. Nous sommes conscients que les sources utilisées présentent des biais. En effet, rien ne prouve qu’à l’instant T de la réalisation de l’inventaire, certains domestiques présents ne soient pas créanciers de leur maître et donc que le nombre de salariés  repérés soit minoré, en particulier dans le cas où un seul d’entre eux a été identifié. Un autre problème se pose, il s’agit du moment où a été effectué l’inventaire. En hiver, le besoin de main-d’œuvre étant moins important le nombre de domestiques présents, en particulier chez les hommes devait être moins grand. Cette dernière remarque doit cependant être nuancée car il semble bien que les montants figurants au chapitre des dettes passives relèvent de contrats annuels. Là encore, la mobilité, le caractère fluctuant du statut de domestique ne nous simplifie pas la tâche. En l’absence d’autres sources, nous livrons l’évaluation obtenue. Les 49 inventaires après décès utilisables nous ont donné le nom de 127 domestiques des deux sexes soit une moyenne de 2,5 domestiques par exploitation.  Ils se répartissent en 70 hommes  présents dans 37 inventaires soit une moyenne de 1,8 et 57 femmes pour 32 soit 1,7. Ces moyennes étant respectivement de 1,4 et 1,1 si l’on calcule par rapport aux 49 successions du panel. Le graphique ci-dessous permet de visualiser le nombre de domestiques par exploitation.

 

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Dans 16 cas, il n’est fait mention que d’un seul domestique homme ou femme. Il s’agit de la grande majorité des bordagers comme l’indique les inventaires au décès des bretoncelloises Isabelle Sangleboeuf et Marie Madeleine Veillard,[22] toutes deux épouses de bordagers décédées en 1786.Il en est de même pour quelques laboureurs comme Denis Haye, bretoncellois en 1791[23] pour lesquels on ne peut écarter le fait qu’âgé leur activité agricole soit moindre ou encore que l’exploitation rencontre des difficultés. A l’opposé, les fermes comportant de 3 à 6 domestiques des deux sexes sont celles de laboureurs, des trois meuniers, le seul bordager avec trois employés fait figure d’exception. A titre d’exemple, citons Soret Charles, laboureur de Dorceau en 1774 [24] et Chassegne Jean son collègue de Fontaine Simon[25] employant six personnes, le premier 3 hommes et 3 femmes, le second respectivement 4 et 2. Le bretoncellois Charles Lormeau avait quant à lui  en 1788 à son service 3 hommes et une servante.[26]

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 Le second graphique permet d’apprécier la répartition par sexe. Les exploitations comptent une servante dans 70 % des cas où celles-ci ont été repérées. Notons la situation de Jacqueline Lochon qui  à son décès en 1786 à Bretoncelles avait 4 servantes pour la seconder.[27] Avec le recensement de l’an XIII (1805), nous allons voir que le tableau que l’on peut dresser de la domesticité est plus solide.

 Les domestiques à Bretoncelles en l’an XIII : un groupe conséquent

 Le recensement de l’an XIII (1805) permet de dresser un panorama de la domesticité dans une commune rurale du Perche. 188 serviteurs sont dénombrés, 91 hommes (48,4 %) et 97 femmes (51,6 %). Il représente 11,8 % de la population de plus de 12 ans. Les domestiques hommes formant 18 % de la population active masculine. Les domestiques des deux sexes sont célibataires dans leur immense majorité. On repère un homme marié, un veuf et 4 veuves. Signalons aussi la présence de 3 domestiques femmes chargées d’enfant.

Nombre de domestiques par familles.

Nous avons relevé la présence de domestiques dans 90 ménages soit 16,7 %. Le tableau ci-dessous en donne la répartition. La moyenne s’établissant à 2 domestiques par famille.

 

Nombre de domestiques

Nombre de ménages

Pourcentage des ménages ayant un ou des domestiques

1

51

56,6

2

18

20

3

8

8,8

4

4

4,4

5

2

2,2

6

2

2,2

7

3

3,3

8

2

2,2

 Nombre de domestiques par ménages. Bretoncelles, recensement An XIII

  Les 13 employeurs ayant 4 domestiques et plus ont engagé 40,7 % de l’effectif. Si l’on s’intéresse à leur statut, on constate que 36 cultivateurs et cultivatrices sur 81 recencés (44,4 %) emploient 58,1 % de l’effectif. Les 7 meuniers sur 12 en font travailler 14,6 %, les 3 plus importants totalisant 21 salariés sur 27. La classe des propriétaires 11,4 %.[28] Mais chez les bordagers, 7 sur 24 emploient 9 personnes. A titre d’exemple, on peut citer Joseph Chauanard, cultivateur et Claude Sagot, meunier employant 8 domestiques, les deux cultivateurs Jean Pelletier et Duschene Michel en ont 7 tout comme le meunier Louis Tomblaine alors que son collègue Denis Garnier et le cultivateur Denis Garreau en emploient 6.[29]

Un groupe mobile. 

 La connaissance des effectifs des domestiques tant au niveau d’une paroisse que des exploitations agricoles est d’autant plus compliquée à saisir que nous avons affaire à un groupe social mobile. « Les aléas de la condition de domestique expliquent son instabilité »,[30]  nous ditJean-Pierre Gutton. Dans un article portant sur la société rurale autour de Meaux,  Micheline Baulant écrivait  « Je n’ai guère rencontré de domestiques qui soient demeurés plus de trois ans chez un même maître. À l’occasion de ce changement, charretiers et servantes quittaient souvent pour un autre le village où ils travaillaient. » [31] Fulgence Delleaux note « En fait, les sources les plus nombreuses pour ce type d’enquêtes (documents notariés ou judiciaires, rôles fiscaux, et surtout registres paroissiaux) se combinent rarement pour un même individu. Dès lors, elles ne fournissent le plus souvent qu’un bref instantané de la carrière d’un domestique agricole, chaque source ne concernant qu’un moment bien précis et limité de la vie d’une personne en question, et sa localisation géographique reste tout aussi ponctuelle. Par conséquent, des pans entiers de sa mobilité au cours de son existence nous échappent. »[32]

 Les raisons de la mobilité des domestiques.

Fulgence Delleaux donne plusieurs explications à la mobilité des domestiques, si ses propos concernent les grandes exploitations du nord de la France, elles peuvent aussi, il nous semble à concerner notre région d’étude. Plusieurs éléments, outre la maladie et la mort, peuvent justifier ce phénomène. Le premier tient à leur l’état  qui n’est qu’une situation provisoire se situant dans la période prémaritale. Le second tient à la précarité de la condition. Si les avantages en nature comme le logement et la nourriture sont appréciables, les salaires sont faibles. La tentation de trouver une meilleure place voire une promotion dans la hiérarchie des domestiques dans les exploitations importantes amène certains d’entre eux à rompre ou ne pas renouveler leur contrat. Enfin, entre en ligne de compte, les relations entre un maître et son personnel, mais aussi entre domestiques, si elles sont mauvaises, le départ peut s’imposer. En ce qui concerne notre étude, les documents dont nous disposons ne nous permettent d’apporter que quelques données grappillées au hasard des dettes passives des inventaires après décés par le biais des retards de gages.[33] Le cas le plus précis concerne un couple, leur maître, un laboureur de St Victor-de-Buthon reconnaît devoir « à Gabriel Grassin fils et André Seguin sa femme pour neuf années de leurs gages et salaires de l’avoir toujours servy en qualité de domestiques depuis le vingt cinq février mil sept cent soixante douze jusqu’au premier  mars dernier sans quil ayent recu aucun acompte  la somme de 900 livres. » Cependant, en y regardant d’un peu plus près, il s’avère, ce qui rend cet exemple  atypique, que l’employeur en question est Gabriel Grassin père et que les débiteurs sont son fils et sa belle fille.[34] En 1772 Louis Fetu est chez Guillaume Lecointre depuis 5 ans à Vaupillon au moment du décès de son maître.[35] Jacques Thiboust depuis 3 ans chez André Perche, laboureur de St Victor-de-Buthon. [36] Quant à Marie Coudray au service Marie David, bordager à Bretoncelles[37] et Marie Boullay chez Mercier, laboureur tuilier dans la même paroisse,[38] elles sont en poste depuis au moins deux ans. Citons encore deux servantes forcées de quitter leur place, car enceintes, Françoise Millet servante chez René Ménager, laboureur de Bretoncelles depuis 3,5 ans[39] et Renée Mauger engagé par la veuve Fettu de Coulonges-les-Sablons  à la Saint-Jean-Baptiste 1765 et contrainte de partir le 11 septembre 1769 soit  après un peu plus de 5 ans de service.[40] « Les changements de maître sont aussi des changements de village. » [41] note Jean-Pierre Gutton. Ce phénomène est très compliqué à cerner. Nous connaissons un cas, il s’agit de Jean Boullay dont nous avons narré les aventures sentimentales dans ce blog. [42]Nous faisons sa connaissance en 1782   alors qu’il est chartier au couvent d’ Arcisses  à Brunelles en Eure-et-Loir. A partir de 1785, Jean Boullay est un résident de Bretoncelles, domestique à cette époque à Thivaux, peut-être au moulin, en 1792, il est noté chartier, à Bretoncelles ?

Le recensement de l’an XIII (1805) nous ne nous permet pas de clarifier la situation, il pose plus de questions qu’il n’apporte de réponse. Le graphique ci-dessous nous indique à quel moment sont arrivés les domestiques non originaires de Bretoncelles. 62 % des installations renseignées se concentrent sur les années 1801-1804. On peut penser qu’il s’agit probablement de personnes qui  sont arrivées à Bretoncelles suite à un engagement et encore ? Ils seraient peut-être en situation de domesticité depuis 1 à 4 années, cependant rien ne prouve qu’ils soient restés chez le même employeur. De fait, même en connaissant la date d’entrée dans la commune, il ne nous est pas possible apprécier la durée moyenne du séjour d’un domestique dans une place. Que déduire du cas de cette femme, arrivant à Bretoncelles il y a 24 ans. A-t-elle rejoint la paroisse suite à un  contrat ? Et si c’est le cas, rien ne prouve que dans ce laps de temps, elle ne se soit pas engagée momentanément dans une autre commune ni qu’elle ait été servante tout ce temps, on peut même envisager qu’elle ne le soit que depuis peu.  Outre ce cas,  3 hommes sont présents depuis une vingtaine d’années, 4 dont une femme depuis une dizaine d’années.

 Origine géographique des domestiques bretoncellois en l’an XIII.

Les éléments disponibles pour le XVIII é siècle sont beaucoup trop partiels pour en tirer quelques enseignements. Le recensement de l’an XIII s’avère beaucoup plus intéressant. Il permet de dresser l’aire de recrutement des domestiques étrangers à la commune. On peut raisonnablement penser que les données obtenues sont aussi valables pour les décennies précédentes. 66 domestiques dénombrés à Bretoncelles sont des horsains, soit 35,1 % de l’effectif. Il se partage également entre hommes et femmes. Ils sont natifs ou originaires de 34 communes différentes. 

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Le tableau et la carte mettent en évidence, sans surprise, la proximité du recrutement, 62 % des domestiques viennent de moins de 9 km, 86 % moins de 15 km.

 

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Etre domestique : les raisons du placement.

A l’origine du choix de l’engagement comme domestiques, qu’il soit volontaire ou contraint, on retrouve l’interaction de deux facteurs :  situation familiale et économique. Cela peut se traduire par la possibilité d’obtenir grâce au placement un complément de revenu et  de diminuer le nombre de bouches à nourrir.

 Les circonstances de la vie.

La situation familiale conditionnait la décision de placer un jeune ou de se louer volontairement  comme domestique. Le décès du père mettant la famille dans une situation économique difficile entrait-il en ligne ? Combien de domestiques étaient-ils orphelins de père  au moment de leur engagement? La mort de ce dernier entraînait-elle le placement, en particulier pour les jeunes filles ? Les aléas de la vie peuvent aussi amener un homme ou une femme à faire ce choix. Nous avons relevé le cas de Catherine Lormeau épouse d’un manœuvre. En 1700, elle épouse Noël Hardy, lui-même domestique. On peut penser qu’au décès de son mari, elle fut contrainte de se placer pour assurer son existence.

 Une situation d’attente. 

 De nombreux jeunes se retrouvaient placés par leurs parents et demeuraient dans cet état« jusqu’à ce que la mort du père permette de reprendre la modeste exploitation familiale. » [44]L’état de domestiques est aussi, en particulier pour les jeunes filles une situation d’attente avant le mariage, permettant de plus de se constituer une épargne facilitant la fondation d’une famille. Cet aspect sera approfondi dans un chapitre traitant du devenir des domestiques une fois sortis de cette condition.

Choisir un domestique : le point de vue du maître.

Le  choix d’un domestique s’avérait important pour un maître, les traités spécialisés insistaient beaucoup sur ce point, distillant de nombreux conseils. « D’ailleurs, l’agronome Louis Rose, originaire de l’Artois, ne s’y trompe pas. En 1767, il rappelle, dans son ouvrage « Le bon fermier ou l’ami des laboureurs », qu’« un valet de charrue doit être fidèle, prompt à exécuter les ordres du maître, vigoureux, doux et adroit à conduire ses chevaux ».[45] « Le recrutement de la domesticité se réalise par l’intermédiaire de connaissances professionnelles, amicales et familiales, mais aussi par le biais des domestiques eux-mêmes qui viennent proposer leurs services à la ferme » note Fulgence Delleaux dans son article.[46] Il ajoute « Il est évident qu’au cours de l’« entretien d’embauche », le niveau de qualification et les expériences passées sont demandés par l’éventuel futur employeur. À ce propos, Louis Rose conseille de « ne jamais reprendre de domestiques sortis par légèreté » ».[47] Outre les compétences, la confiance, la stabilité entraient en ligne compte. « Les domestiques agricoles […] sont maintes fois recrutés dans un rayon proche ». [48] Cette proximité géographique permettait de limiter les risques. 

Choisir un domestique au sein de la famille.

Une autre possibilité consistait à choisir ses domestiques dans la famille plus ou moins proche Engager comme domestique un membre de sa famille présentait plusieurs avantages, outre le fait de connaître la personne, les rapports entre maître et serviteur étaient peut-être différents. De surcroît, ce choix pouvait s’inscrire dans une démarche de solidarité familiale, pouvant favoriser un retour en cas de nécessité. [50]Nous ne disposons pas d’une grande quantité d’exemples, néanmoins ces derniers  attestent de cette pratique, en phase avec les mentalités de la société d’Ancien Régime. En premier lieu, rappelons le cas de la famille Grassin dont le père emploie son fils et sa belle fille. [51] A Saint-Victor-de-Buthon, André Perche fait travailler son beau frère Jacques Thiboust. [52] La veuve Lavie de Dorceau avait à son service sa petite fille Catherine Soret. [53] Quelques années avant, son mari Charles Soret employait deux mineurs portant le même nom que lui.[54] Cet exemple nous donne l’occasion de dire quelques mots des jeunes enfants orphelins placés comme domestiques, souvent dans la famille proche.

Des mineurs placés comme domestiques.

Le régime démographique de l’Ancien Régime avait pour conséquence de produire de grande quantité d’orphelins dont il fallait s’occuper. Il revenait à la famille proche dans le cadre du conseil de famille, et ce,  sous le contrôle de l’autorité judiciaire, de désigner un tuteur, un curateur et ensuite de statuer sur le devenir des mineurs en particulier par l’intermédiaire d’un bail à pension attribué  au rabais  au moins-disant. Par ce contrat le preneur s’engageait à prendre en charge le mineur moyennant une pension,[55] mais aussi dans certains cas en échange « de ses œuvres serviles », c’est à dire de son travail. Cette source permet de mettre en évidence la présence de domestiques mineurs dans les exploitations agricoles sans néanmoins pouvoir en apprécier l’importance. Nous présentons ici quelques cas trouvés lors de nos dépouillements des archives de la justice seigneuriale de La Loupe. En 1769, il s’agit de statuer sur le devenir des trois enfants de Jacques Morenne et Marie Couvet de Vaupillon. On apprend que Louis 16 ans et Jean Baptiste selon leur curateur «  sont en état de gagner leur vie ». Le premier étant déjà placé chez son parrain à St Eliph, le second  chez son oncle à Montireau, « il n’y a donc pas lieu de faire un bail de leur pension. » Leur soeur Marie, âgée de 10 ans sera mise en pension chez le curateur pour 3 ans moyennant 12 livres[56] de pension par an.[57] En 1787, il faut statuer sur le sort de deux des trois enfants de Gabriel Boucher et François Souaze des Murgers. Anne Charlotte âgée de 13 ans est confiée à Charles Souaze son oncle paternel  à Bretoncelles en échange de « ses œuvres serviles » pour une durée de trois ans. Pierre, âgé de 5 ans est accueilli par le tuteur pour 6 ans moyennant 36 livres. Le troisième enfant Jean, 16 ans, non concerné par la procédure, est probablement déjà domestique.[58] Dernier cas, les enfants de Pierre Laillet et Jeanne Lochon de Bretoncelles, Jacqueline 11 ans est placée pour une durée de 3 ans en échange de son travail chez Jean Lochon son oncle paternel à Coulonges. Plus surprenant est le cas de Pierre, 6 ans,  lui aussi placé pour 6 ans chez Thomas Laillet, son oncle paternel et curateur.[59] Si l’âge interpelle, il est vrai que rapidement, le jeune garçon a dû rendre des services. Pour conclure ce chapitre, citons enfin les cas de deux jeunes domestiques à Bretoncelles : Jean Collard, 15 ans chez François Roy et Jean Nourry, 13 ans chez Denis Roy. [60]

Le contrat d’engagement : la problématique des gages.

L’engagement d’un domestique faisait l’objet d’un contrat, écrit ou oral définissant les obligations de chacun.

 Engager un domestique à Bretoncelles et dans les environs  : la louée.

Notre documentation sur les modalités d’engagement des domestiques à Bretoncelles et dans les environs est indigente : pas de contrat, pas de livre de gages. Force est de se contenter de généralités, là encore Jean-Gutton s’avère précieux. L’embauche « est plus souvent oral qu’écrite ce qui ne signifie pas qu’elle n’obéit pas des règles», il ajoute « Il y avait des « loueries » ou « louées » traditionnelles lors des fêtes villageoises.[61]  Cela était-il le cas à Bretoncelles ? Nous l’ignorons. Des tentatives de normalisation de l’embauche des domestiques eurent bien lieu  dans les années vingt du dix-huitième siècle, [62] en particulier sur la date de début du contrat.[63] De cet effort, Jean-Pierre Gutton constate « Il ne semble rester au cours du XVIIIe que la coutume de l’engagement annuel. Ni le domestique ni le maître ne pouvait, rompre un contrat avant un an. » Qu’il soit conclu lors des louées ou hors d’elles, l’accord entre les deux parties était soumis aux coutumes de la région. En l’absence de contrat écrit, l’accord fait en public avait valeur de preuve.  Concernant Bretoncelles et les environs, le début des contrats est, dans nos documents,  la St Jean-Baptiste.[65]

Les rémunérations : un problème complexe.

Des différents points faisant l’objet de l’accord entre le maître et son futur domestique, la question des gages était bien sûr centrale. Appréhender ce problème s’avère assez compliqué et nécessite de la prudence qu’en aux conclusions. Il convient tout d’abord de pointer une particularité de la rémunération des domestiques des campagnes comme le fait Jean-Pierre Gutton. « …les domestiques agricoles représentaient […], dans les campagnes d’ancien régime, un des rares types de salariés permanents. Au moins dans les grandes exploitations, les valets de charrue, charretiers, servantes, engagés à l’année, formaient tout un monde de salariés. Il convient, bien entendu, d’employer ce concept avec les réserves d’usage s’agissant de l’ancien régime. Mais il n’empêche que les domestiques agricoles étaient bien souvent les seuls au village à pouvoir recevoir ce qualificatif. » [66] Il ajoute cependant « La domesticité est loin de  n’être que salariat ». Dans les gages entraient outre une somme d’argent, différents éléments, le logement, la nourriture, mais aussi des éléments de vêture comme les tabliers, les sabots voire des céréales ou de la laine. « Par leur contrat de louage, les domestiques (jeunes et célibataires) sont salariés et assurés d'avoir le gîte, le couvert et des gages souvent modestes pendant la période où ils sont loués. » Cette situation les met plus à l’abri des crises économiques contrairement aux journaliers,  pointe Daniel Bernard dans son article « Domestiques et journaliers en Bas-Berry au milieu du XIXe siècle. »[67] Face à cette complexité, il n’est pas simple d’apprécier le niveau de rémunération. Nous ne disposons pas de « livres de gages » tenus par les maîtres dont l’existence est attestée ni d’ailleurs de contrat de travail. Nous pouvons cependant nous appuyer sur les inventaires après décès. En effet, au chapitre des dettes passives figurent des sommes dues aux domestiques. Elles ne sont pas toutes exploitables, car il s’agit souvent d’un reliquat suite à des avances ou alors elles portent sur des périodes plus longues allant au-delà de l’année. En effet, les gages n’étaient pas payés régulièrement, nous y reviendrons. Néanmoins parmi toutes ces dettes passives, il est possible de trouver des mentions de gages annuels voire de procéder à des calculs. Par exemple, il était dû à Pierre Jumeau 33 livres pour une demi-année ce qui donne a priori un salaire de 66 livres pour l’année.[68] Autre cas, Françoise Surcin, pour la même période, la succession était redevable de 16 livres 10 sols[69] soit 33 livres pour l’année ce qui est conforme à d’autres salaires annuels.

Facteurs de variabilité des gages.

De nombreux facteurs rentrent en ligne de compte comme  l’existence ou non d’avantages en nature n’est pas la moindre. La possibilité que certains domestiques ne soient pas logés pourrait expliquer un salaire plus élevé. Le niveau des gages variait aussi en fonction de l’âge,  de l’ancienneté, des compétences, de la force, voire des relations personnelles, mais aussi des conditions économiques, du marché de l’emploi. Voici pour exemple le cas des trois servantes de Jacqueline Lochon, épouse d’un laboureur bretoncellois. En 1786, la succession doit à Marguerite Prieur et Marguerite Denis 42 livres, un tablier et une livre de laine pour leurs gages annuels, mais seulement 33 livres, un tablier et une demi-livre de laine à la troisième Marie Louise Heurtault. Qu’est-ce qui justifie cette différence, l’âge ? L’ancienneté ? le type de travail ?[70]

 Montants des gages selon les catégories.

L’appréciation du montant des gages des domestiques s’avère pour toutes ces raisons un exercice délicat dont les résultats sont à prendre avec précaution. Nous possédons avec les dettes passives  des indications de salaire pour 50 domestiques des deux sexes et de différentes qualifications. Elles s’étagent entre 1762 et 1793 dont 37 dans les 14 années allant de 1779 à 1793. Nous présentons les résultats obtenus par statuts.

Chartiers et bergers.

Entre 1770 et 1788, la moyenne des 7 salaires annuels connus s’établit à 80 livres. On constate un début de  hausse en 1787-1788 avec deux salaires respectivement de 90 et 100 livres. Cinq an plus tard, en 1793 il est dû à Jean Godet par Louis Gasdon, laboureur de St Eliph, 120 livres pour 4 mois [71] soit par projection un salaire annuel de 360 livres. Faut-il y voir la conséquence de la dépréciation de l’assignat ? Il peut aussi être le résultat d’une raréfaction de la main-d’œuvre suite aux enrôlements aux armées. Pour les bergers, la moyenne pour 7 cas  s’établit à 50 livres. Si le salaire de 60 livres revient 3 fois, il est bien difficile de dégager une tendance, en effet les gages des bergers sont peut-être ceux pour lesquels de nombreux facteurs rentrent en ligne de compte comme la taille du troupeau à gérer, la possibilité que le berger ait plusieurs employeurs et donc que le salaire moindre par rapport aux autres ne soit en fait qu’une partie de son salaire ou encore qu’il ait le droit  ou non d’avoir quelques bêtes personnelles dans le troupeau.

Les domestiques notés sans qualification particulière.

La troisième catégorie regroupe les hommes désignés sous le vocable de domestique sans que l’on sache s’ils possédaient une qualification particulière. Cette absence de précision est d’ailleurs dommageable en particulier pour les grosses exploitations. La seule mention précise que nous avons trouvée provient de la succession de Marie Jeanne, épouse d’un cultivateur marchand de bois de St  Eliph qui emploie un chartier, un berger, un vacher et un garçon de cour ainsi qu’une servante.[72] Il n’est donc pas impossible que parmi les 16 domestiques que nous allons évoquer se trouvent des hommes aux qualifications différentes. Nos renseignements s’échelonnent de 1762 à 1792. La moyenne s’établit à 59 livres. Les montants sont très variables allant de 27 à 81 livres. Les sommes les plus souvent rencontrées sont entre 60 et 75 livres, 9 cas sur 16.

 Les servantes.

 Avec les servantes, nous avons plus de certitudes, la moyenne des gages est de 35,5 livres ce qui est assez cohérent avec le fait que 11 salaires sur 19 sont entre 32 et 36 livres, dont 6 de ce dernier montant.

Les avantages en nature.

 Nous avons peu de renseignements sur les avantages en nature peut-être tout simplement parce que dans le cas, par exemple des sabots ou des tabliers, ces derniers étaient fournis au moment de l’engagement.  Les trois servantes,  de Jacqueline Lochon, nous l’avons signalé, reçoivent  un tablier et de la laine à filer estimé à 5 ou 6 livres suivant les cas, François Richardeau employé au même endroit touche une paire de sabots.[73] François Debray, domestique de Richard Denis, laboureur de Vaupillon, reçoit quant à lui, en 1790, une culotte de toile et une paire de guêtres.[74] Jean-Pierre Gutton note que « Le montant des gages augmente à la fin de l’ancien régime, cette augmentation se poursuivant à l’époque de la Révolution. »[75] Hormis dans le cas des chartiers évoqués précédemment, nous n’avons pas décelé ce phénomène, il faut reconnaître que notre base statistique est modeste.

Le paiement des gages.

 Les dettes passives attestent d’un grand flou dans le paiement des gages, retards volontaires ou non, avances accordées pour un achat vestimentaire, aller à la foire, aider sa famille à payer les impôts. Jean-Pierre Gutton nous dit que « Les ouvrages d’agronomie recommandent d’ailleurs une grande rigueur dans le payement des gages : ne pas payer d’avance, mais payer l’année échue. » [76] Force est de constater que ces conseils, étaient loin d’être suivis. « Le fait que les domestiques soient assez généralement, des créanciers est partout attesté. » [77] La rubrique dettes passives des inventaires après décès en témoigne et la déclaration de Jean Lesboucq, laboureur à  Moutiers signalant en 1778 « qu'il a payé ses domestiques jusqu'à ce jour » [78] montre que cette pratique n’était pas habituelle. Nous avons retrouvé deux quittances concernant des gages. [79] La première concernant Claude Froissant de Vaupillon déclare  que  Louis Canne, un laboureur de Bretoncelles lui a bien payé 70 livres pour des gages dus.[80] La seconde émane de François Sorant, marchand à Bretoncelles, il reconnaît devoir à Michel Sangleboeuf, chartier de Neuilly 74 livres de salaire.[81]

Des maîtres endettés auprès de leurs domestiques

« Certains maîtres payaient avec retard, de gros retards, les gages de leurs domestiques. Il ne faut pas nécessairement y voir une preuve de malhonnêteté. Sans doute certains domestiques étaient-ils consentants, c’étaient pour eux une forme d’épargne propre à assurer la sécurité d’une somme qui servait de dot. » [82] Si des abus devaient exister, les contrats de mariage portent témoignage de ces pécules comme dans le cas de Marie Catherine Roullin qui, épousant un bordager, apporte à la communauté 200 livres provenant de ses gains et épargnes.[83] Nous pouvons grâce aux dettes passives des inventaires après décés prendre la mesure de l’endettement des maîtres auprès de leurs domestiques. Notre étude porte sur 51 cas pour un total de 6 855 livres soit une moyenne de 131 livres par exploitation.  Cette moyenne est tirée vers le haut par un cas atypique, il s’agit des sommes dues au couple Grassin/Seguin, déjà évoqué, à savoir 900 livres pour 9 ans de gages.[84] Si l’on fait abstraction de ce cas, la moyenne s’établit à 113 livres. A titre d’exemple signalons que la succession de Barbe Serquet doit 372 livres,[85] celle d’Isabelle Sangleboeuf à Bretoncelles doit à Isabelle Houlle 50 livres, celle de Marie Madeleine Veillard de la même paroisse 72 livres à Louise Leroy[86]. On constate que 14 successions doivent moins de 50 livres, 16 entre 50 et 99 livres, 12 entre 1000 et 199 livres, 5 entre 200 et 299 livres et 4 300 livres et plus. Dans un certain nombre de cas, la durée des retards de paiement est précisée. En général, il s’agit de moins d’un an, ce qui se justifie par le fait que les gages, hors éventuelles avances, étaient payés à la  fin de contrat souvent annuel et que la liquidation de la succession intervenait pendant le déroulement de celui-ci. Néanmoins, on rencontre quelques cas où les dettes sont plus anciennes. Ne revenons pas sur le cas Grassin/Seguin avec un retard de 9 ans, mais évoquons celui de Louis Fetu à qui Guillaume, bordager de Vaupillon doit 5 ans de gages pour un montant de 72 livres. [87] Dans le cas de Jacques Thiboust, le retard est de 2 ans, les 160 livres lui sont dues par André Perche, laboureur de Saint-Victor-de-Buthon, son beau-frère.[88]

 Des domestiques prêteurs.

 Si les retards de paiements n'ont rien d’étonnant dans une société où le payement différé est une pratique courante, il est plus surprenant de voir des domestiques prêter de l’argent à leur maître. Nous avons rencontré quelques cas. A titre d’exemple, la succession de Jacqueline Lochon, déjà évoquée, doit en 1774  300 livres à Françoise Douveau pour argent prêté. [89] Evezard Jacques, laboureur à St Eliph est redevable de 174 livres envers Jean Jacquet.[90] La situation la plus surprenante est celle de Jeanne Noëlle Lévêque, cuisinière au Moulin Renault à Vaupillon où elle décède en l’an 7 . Son inventaire après décès  fait état d’une dette active pour argent avancée au sieur Denis et compagnie d’un montant de 1 320 francs attestée par une reconnaissance de dettes en date du 14 juillet 1797. A cela s’ajoutait la somme de 348 francs reste d’un prêt de 1 200 francs dû par le citoyen François Marchand cultivateur de Vaupillon, certifié par un acte notarié déposé à l’étude de Bretoncelles. Si l’on ajoute deux autres prêts de 6 francs chacun et un de 12  ce dernier regardé comme caduc, il était dû à la succession de Jeanne Noëlle Levêque 1680 francs sur les 2532 qu’elle avait prêtés.[91]

Les domestiques dans l’exploitation agricole.

 Nous allons essayer d’appréhender ce que pouvait être la vie des domestiques au sein des exploitations. Force est de constater que nous disposons de peu d’éléments.

 L’exploitation agricole : un monde hiérarchisé.

 Que cela soit à la cour du roi, dans les grandes maisons princières ou chez les riches bourgeois, la domesticité est un monde où règne une hiérarchie. Les domestiques agricoles n’échappent pas cet état dont les répercussions sont importantes. « Les conditions d’embauche et les conditions de travail doivent être appréciées en fonction du rang de chaque domestique agricole. Et cette hiérarchie est très complexe. La société d’ancien régime aime à multiplier les statuts. » [92] Jean-Pierre Gutton cite à cet effet l’ analyse par Emmanuel Le Roy- Ladurie de la hiérarchie des domestiques à partir de la vie de mon père de Restif de la Bretonne,[93] auteur proche des réalités paysannes du XVIIIe siècle. Etudiant cet ouvrage, Emmanuel Le Roy- Ladurie constate qu’à La Bretonne, les domestiques les plus prestigieux sont les garçons de charrue, par ordre d’ancienneté. Suivent ensuite, bien que cela ne nous concerne pas dans notre région les ouvriers de la vigne, et «  les batteurs de grain en la saison froide […] met en bout liste et à la queue leu leu le bouvier, le berger et les deux servantes » […] les garçons de charrues […] sont considérés comme de mœurs plus pures que les vignerons ; eux-mêmes supérieurs en vertu aux jeunes ouvriers qui ont affaire au monde animal »[94]. A l’intérieur de ce dernier, on trouve d’abord les bouviers puis au bas de l’échelle les bergers, « suspect de sorcellerie ». A l’échelle des productions, les blés viennent avant la vigne, les cultures avant l’élevage, le cheval précède le bœuf qui lui-même est supérieur au mouton. De fait selon son domaine d’activité selon son domaine, on trouve sa place dans la hiérarchie domestique. Néanmoins, d’après Restif de la Bretonne, tous ces hommes jouissent d’un prestige supérieur aux servantes. Et Jean-Pierre Gutton de conclure, à propos de l’analyse d’Emmanuel Leroy-Ladurie « Cette hiérarchie n’a sans doute rien d’exceptionnelle et elle est valable pour d’autres provinces. »[95] Néanmoins « La réalité des travaux et des jours devait, à l’intérieur de chaque sexe au moins confondre les tâches dans les exploitations petites ou moyennes. Dans les grandes exploitations, la séparation des tâches était sans doute bien mieux observée ». [96]

Le cas des bergers.

 Attardons-nous quelques instants sur le berger, relativement présent dans les exploitations agricoles du terroir étudié. Jean-Pierre Gutton attire notre attention sur sa réputation peu flatteuse. « Un peu partout en France, et même en Europe, le berger, isolé des autres habitants par son mode de vie, est considéré avec suspicion. Il est volontiers traité de paresseux et son honnêteté est jugée médiocre. Ne peut-il pas simuler un accident ou vol par le loup pour cacher une vente d’animaux ? Ne fait-il paître sur des champs ou près interdits ? Le berger sait soigner les bêtes. Mais parce qu’il s’efforce de donner un caractère mystérieux à ses remèdes ou ses opérations, on croit volontiers à des connaissances magiques ». [97]

 Les domestiques hommes au travail : une certaine spécialisation.

 Les témoignages sur le travail des domestiques sont rares, pour ne pas dire inexistants. Seul un dépouillement systématique des archives judiciaires pourrait nous fournir quelques éléments comme dans le cas de ces jeunes domestiques.  Jean Nourry, âgé de 13 ans, employé de Denis Roy, laboureur à Bretoncelles qui entendu par l’autorité seigneuriale témoigne « lundi dernier sur lheure de midy allant apres ses vaches qui étaient dans une piece de bled appartenant au dit Denis Roy son maitre… ».  Jean Cottard domestique de François Roy, 15 ans, demeurant au même endroit et pour la même affaire déclare que « Lundy dernier sur lheure de midy sen revenant d’avec françois Roy son maistre qui etait a labourer dans un champ… » [98] On sait que suivant la qualification, chartier, vacher, berger, homme ou valet de cour, les tâches pouvaient être spécialisées, cependant ce qui était vrai dans les exploitations importantes l’était moins là où il n’y avait qu’un seul domestique, de fait plus polyvalent. En l’absence de témoignages d’activité précise, nous n’allons pas lister toutes les besognes qu’ assurait un domestique agricole homme.

 Des servantes multitâches.

 Hormis quelques cas spécifiques comme les cuisinières dont nous connaissons l’exemple avec Jeanne Noëlle Levêque au Moulin Renault à Vaupillon[99] et Marie Jeanne Guyot au couvent d’Arcisses à Brunelles,[100]on peut considérer que les servantes sont multitâches. En charge des travaux ménagers avec ou sous la direction de la maîtresse suivant la taille de l’exploitation, elles assurent bien sûr la cuisine et les tâches annexes qui en découlent. Faire la lessive, mener les vaches paître font partie des tâches dévolues aux servantes. Ainsi en 1766,[101] une domestique dont nous ignorons le nom est surprise par deux gardes du marquis de la Ferté, seigneur de La Loupe alors qu’elle gardait deux vaches appartenant à son maître le nommé Tomblaine, meunier du Petit Moulin de Bretoncelles dans le bois du moulin Rouge à Vaupillon.[102] Au couvent des Arcisses à Brunelles, c’est l’une des tâches dévolues à Catherine Leduc, servante de 20 ans, originaire de Coudreceau. [103] Au retour, il faut assurer la mise à l’étable, les soins et la traite. «  Les soins apportés aux animaux correspondent tout comme les tâches ménagères, à des obligations quotidiennes, y compris les dimanches  ainsi que la cinquantaine de jours chômés du calendrier liturgique ». [104]Les servantes ne sont pas absentes des activités agricoles comme la cueillette des fruits ou jardinage. On les retrouve dans les champs à la fenaison et à la moisson où leurs bras sont les bienvenus pour lier les gerbes par exemple, mais aussi pour le rouissage du chanvre.[105]

Elles ne sont pas absentes non plus des activités de transformation comme la fabrication du beurre et le filage comme en atteste la présence des dévidoirs, des rouets et de chanvre sous différentes formes : filasse, gros brins … Le constat de de Marcel Roupsard « Il est donc possible d’affirmer que, malgré leur discrétion, ce sont « les serviteures » qui travaillent le plus au manoir de Gilles de Gouverville »[106] peut sans problème concerner nos servantes. 

Les conditions de vie des domestiques dans les exploitations agricoles.

 Les conditions de vie des domestiques sont tributaires de celles de leurs maîtres et probablement, il nous semble, dans une grande majorité  des exploitations elles étaient assez proches au moins dans les domaines du chauffage, de l’éclairage et de la nourriture. « La protection dont jouit le domestique pourvu d’un maître se manifeste d’abord par l’assurance du vivre et du couvert. La nourriture est même l’un des éléments les plus importants de la rémunération. » [107]  Jean-Pierre  Gutton émet l’hypothèse «  que cette alimentation est souvent supérieure à celle des milieux populaires qui sont le vivier de la domesticité. » [108] On peut effectivement envisager que le fils de journalier placé chez un laboureur aisé bénéficie d’une nourriture plus conséquente. Une différence existait cependant, elle concerne le couchage. C’est l’élément le mieux renseigné grâce aux inventaires après décès.

 Le couchage des domestiques.

 Nos sources sont assez prolixes sur le couchage des serviteurs, il n’en est pas de même pour les servantes. « Les servantes sont toujours logées dans la maison, généralement dans la cuisine ou dans un recoin attenant. », [109]nous dit Jean-Pierre Gutton. Les maisons ne disposant pas de cuisine indépendante, dans la pièce principale  figurent en général plusieurs couchages. Si le lit matrimonial est relativement facile à identifier, car c’est  le mieux équipé et le plus cher.  Il n’est guère possible de distinguer ceux de la servante et des autres membres de la famille. Dans certains cas, il existe un cabinet ou une chambre froide pouvant renfermer un lit peut-être celui de cette dernière, mais rien n’est sûr. [110] L’inventaire après décès de Jeanne Noëlle Levêque, cuisinière du Moulin Renault à Vaupillon ne nous éclaire pas. Dormait-elle dans la cuisine ? Peut-être  pas, car le lieu où sont inventoriés ses biens, dont ses vêtements, est qualifié de chambre au sens de pièce. A l’intérieur, le notaire note la présence de « deux oreillers dont un en plume d’oie et l'autre mêlée  entayés   de toile estimé avec un petit lit de plume à 14 livres. » [111]Il n’est pas fait mention de bois de lit, draps ou couverture, ces derniers  appartenant au maître, n’entrant pas dans la succession.

Pour les domestiques hommes, en particulier les responsables des animaux, le couchage est le plus souvent dans  l’étable, l’écurie, la bergerie, mais aussi  dans le fournil ou  le cellier. Cette localisation hors de la maison nous permet de les attribuer à la domesticité masculine et donc d’en donner une description. Ces couchages prennent plusieurs aspects, les dénominations répérées sont : bois de lit, couchette ou petite couchette, châlit et un lit suspendu. Ils sont souvent qualifiés de mauvais. Dans plusieurs cas, le couchage est présent sous la forme d’un lit dans le sens de matelas, probablement posé à terre. La valeur de ces couchages va de 3 à 45 livres, dans la moitié des cas elle s’étage entre 10 et 15 livres ce qui est cohérent avec la moyenne de 16 livres. A titre de comparaison, la moyenne du lit principal des journaliers calculés sur 88 inventaires est de 23 livres, il est vrai qu’il s’agit de lit pour un couple. En général la literie se compose de deux draps, d’un traversin de plume et d’une couverture de telon. Il est aussi fait mention de « baillière » avec ou sans bois de lit, nous ignorons ce que signifie ce terme.

A titre exemples de couchage de domestique, citons celui se trouvant dans l’écurie de Denis Haye à Bretoncelles : « un mauvais bois de lit composé de plusieurs pièces de bois un lit et un traversin de plume meslée, une mauvaise couverture de laine, deux draps de toile commune » [112] estimé à 18 livres. Chez René Maute à St Victor-de-Buthon, il s’agit d’  « une mauvaise couchette de vieux bois, un lit et un traversin de plume entayé de mauvaise toille, deux petits draps de grosse toile, et une couverture de telon blanc » [113] valant 12 livres. Dans l’écurie de Robert Poulard, laboureur de St Eliph, on trouvait : « un petit lit et un traversin antaye de toile deux peit draps et une mauvaise petite couveture de telon » [114] prisés 4 livres.

Les vêtements.

 Les domestiques vivants dans les exploitations ne possédaient a priori aucun bien personnel hormis leurs vêtements et peut-être le coffre les renfermant. Les inventaires après décès de leur maître fort logiquement ne nous permettent pas d’en connaître la composition car ils n’entrent pas dans la succession, tout juste est-il parfois mentionné un coffre dont le notaire signale qu’il contient les hardes du domestique. Nous possédons cependant   deux inventaires de domestiques décédés chez leur maître. Deux autres documents du même type  concernent des domestiques ayant un domicile indépendant, ils seront étudiés dans un autre chapitre.

La valeur des vêtements se trouvant chez le sieur Esnault à Moutiers-au-Perche et appartenant à Marin Marchand s’élève à 10 livres. Le notaire note tout d’abord deux vestes de telon, deux gilets de molton et une culotte de serge pour un montant de 6  livres. A cela, s’ajoutait une autre culotte de toile, un chapeau et cinq mauvaises chemises évaluées à 2 livres 10 sols et une paire de souliers valant 1 livre 10 sols.[115] Les vêtements de Jeanne Noëlle Levêque se trouvaient dans une commode en chêne à deux battants et trois tiroirs lui appartenant estimée à 24 livres. Nous avons déjà évoqué les sommes prêtées par cette cuisinière du Moulin Renault à Vaupillon. Sa garde-robe est conséquente et probablement pas représentative de celles des servantes. Néanmoins, ne perdons pas de vue que la situation des domestiques, grâce aux gages et à l’absence d’un certain nombre de charges, leur permettait d’engager des dépenses vestimentaires importantes. D’autre part, la coquetterie n’était pas absente des préoccupations des femmes des milieux populaires, en témoignage les garde-robes bien pourvues de certaines épouses de journaliers. La commode de Jeanne Nëlle contenait une jupe de siamoise, 7 camisoles de toile de coton, 7 déshabillés de différentes couleurs, 7 jupons dont 5 en toile de coton et un en laine. 2 corsets, 27 chemises en toile commune, 4 tabliers  et 16 paires de bas. On trouvait aussi une pelisse de pinchenat, un mantelet blanc et un manchon. Le linge de tête se composait de 36 bonnets, dont 6 piqués, 10 ronds en mousseline et 20 autres ronds ou jardinières. Notre cuisinière possédait aussi 4 paires de souliers qu’elle pouvait agrémenter d’une paire de boucles d’argent. Enfin, elle avait  aussi 18 mouchoirs dont 15 en mousseline, l’un d’entre eux garni de dentelles.

Jupons et camisoles étaient estimés à 70 francs,[116] les déshabillés 84, les chemises 90, les bonnets 46, les mouchoirs 34 et la pelisse et le mantelet 24. Le montant total du vestiaire atteignait 408 francs, ce qui même en tenant compte de l’inflation, est conséquent.  Il semble bien qu’à ses moments perdus, Marie Noëlle se taillât des vêtements, en témoigne le morceau de mousseline, les 14,5 aunes de toile de coton et les 14 de toile de brin dont 3 étaient taillées en chemise. Elle se livrait aussi à une activité de filage, car le notaire signalait la présence de 11 livres de fil de lin, 3 de chanvre et une de coton. [117]

 Les relations entre domestiques.

 Concernant les relations entre domestiques, nous  en savons peu de choses, mais la hiérarchies évoquées plus haut, la cohabitation dans certaines exploitations de plusieurs jeunes hommes pouvaient être source de conflits, les archives judiciaires seraient peut-être en mesure de nous en fournir des exemples et encore on peut penser que ces histoires se réglaient à l’intérieur de la ferme.  Un autre aspect est mieux connu, il s’agit des relations sentimentales se nouant entre domestiques.

 L’exploitation agricole : un lieu propice aux relations sentimentales.

 Fulgence Delleaux, dans son article note qu’  « Emmanuel Todd, après avoir étudié le cycle de vie des ouvriers agricoles du village de Longuenesse dans l’Artois, estime « qu’un individu moyen doit séjourner dans au moins deux ou trois villages différents avant d’atteindre l’âge de se marier, et ces séjours permettent la recherche d’un conjoint ». [118] Cependant, contrairement à ce que laisserait sous-entendre la formulation de l’auteur, cette recherche ne se fait pas de manière consciente. En tout cas, les grandes fermes « jouent en quelque sorte le rôle d’agences matrimoniales. » » [119] Probablement qu’à une échelle moindre, le même phénomène devait se produire dans les campagnes percheronnes. La cohabitation à l’intérieure de l’exploitation agricole à temps complet de jeunes hommes et jeunes filles débarrassées pour ces dernières de la surveillance familiale était propices aux liaisons sentimentales. Les lieux permettant une intimité favorable aux les idylles amoureuses ne manquaient pas. Nous avons dans ce blog développé celle nouée entre Jean Boullay et Marie Jeanne Guyot.[120] Notre fichier fait état de 25 mariages entre domestiques ce qui représentent 17,8 % des unions recensées. On peut raisonnablement penser qu’un certain nombre d’entre elles se formèrent lors de la cohabitation au sein de la même exploitation. Les exemples qui suivent, connus, car ils donnèrent lieu à une déclaration de grossesse en attestent. En avril 1705, à Bretoncelles, Jeanne Douveau servante chez Pierre Ménard accouche d’une fille Jeanne dont le père est « Creste Mace le jeune serviteur dudit Pierre Menard a qui elle est fiancée ».[121] Quelques mois après, cette relation se concrétisera par un mariage au cours duquel Macé Creste reconnaîtra Jeanne comme sa fille.[122] On retrouve la même situation avec Pierre Blin, 26 ans et Jeanne Bouilly, tous deux domestiques chez Hector Boutry à Meaucé. [123] La jeune femme met au monde en février 1735 une petite Jeanne. Le mariage célébré en février déboucha aussi sur la reconnaissance de l’enfant. [124] Le troisième cas que nous présentons concerne Véronique Manguin, 23 ans, domestique à St Eliph chez Pierre Texier, laboureur, enceinte de 5 mois lors de sa déclaration devant le notaire en mars 1792 des œuvres de Pierre Debray, chartier au même endroit.[125] Là encore cette relation prématrimoniale se termina par un mariage. [126] Malheureusement toutes ses relations prématrimoniales surtout lorsqu’elles se traduisaient par une grossesse ne se terminaient pas toujours  aussi bien.

 Les servantes un groupe fragile.

 « Dans la vie de tous les jours, plusieurs risques guettent les domestiques. Pour les servantes, l’un des plus répandus était de se faire engrosser par le maître, son fils, un valet. C’était le renvoi assuré. En effet la jurisprudence, pour protéger les servantes contre leurs maîtres imputaient pendant longtemps à ceux-ci la responsabilité de la grossesse, sauf preuve du contraire bien entendu. Cette mesure se retournait contre celles qu’elle entendait protéger… La grossesse ou le soupçon de la grossesse entraînaient le renvoi immédiat précisément pour que la réputation du maître, l’honneur de la maison ne soient pas ternis. L’autre « solution » pour la servante consistait donc à celer sa grossesse, au mépris des graves peines que la législation prévoyait dans ce cas. Continuer à travailler, à fréquenter l’église et la communion donnait le change. Au terme, il y avait l’accouchement clandestin, l’abandon de l’enfant ou l’infanticide. » [127] Le dépouillement des registres de baptême de Bretoncelles, des archives notariales et celui en cours des archives de la justice de La Loupe fournissent de nombreux exemples de l’infortune de ces jeunes filles. A la lecture des dépositions des jeunes filles, on distingue deux sortes de situations : soit il s’agit d’une relation égalitaire, les deux protagonistes ayant le même statut, domestique ; soit  la relation est hiérarchique, le partenaire étant le maître ou son fils

 Des servantes abusées ?

 L’enchaînement des faits, tels que les décrivent les servantes enceintes est tristement répétitif, voici le cas de Renée Mauger âgée de 27ans enceinte de 5 mois de Mathurin Bouillie « pour avoir joui de sa compagnie charnelle différentes fois pendant qu’ils demeuraient ensemble chez la veuve Fettu laboureuse à Coulonges. Le dit Bouilli en qualité de chartier, depuis Saint-Jean Baptiste 1768 à celle de 1769. Elle servante domestique depuis Saint-Jean-Baptiste 1765 jusqu’à ce jour. » Elle ajoute«  Mais qu’elle s’est ainsy abandonné au dit Bouillie qu’après y avoir été nombre de fois sollicité sur la bonne foye des promesse qu’il luy a faite et réitérées de l’épouser sans lesquelles promesse qu’elle croyait sincères elle ne serait pas laissée séduire. » [128] Autre cas :  Françoise Nicourt, 25 ans servante domestique chez Pierre Garnier laboureur de La Loupe. En 1784, devant maître Jouvet, notaire à Bretoncelles, elle déclare être enceinte de 8 mois de Pierre François Roy domestique chez le dit Garnier. Elle explique qu’elle «  a condescendu sous la promesse à elle par lui faite de l’épouser à sa première réquisition ».[129]  Cette explication revient régulièrement. Jean Bouillie, Pierre François Roy comme d’autres, ont-ils abusé  de la naïveté de ces jeunes filles ? Ont-ils exercé des pressions morales ou physiques ?  Dans certains cas,  la réalité est peut-être plus compliquée comme dans le cas de Jean Boullay et Marie Jeanne Guyot pour lesquels une relation sentimentale nous semble avérée .[130]  Pour de nombreuses raisons qui nous échappent, les servantes enceintes taisent le nom  du père de leur enfant. C’est le cas de Marie Hermenault  23 ans domestique à  St Eliph enceinte 5 mois d’un garçon domestique « pour avoir eu un jour de sa compagnie charnelle » et dont elle refuse de dire le nom  [131]tout comme Magdeleine Miolais, servante de Mathurin Pinceloup accouche en 1710 d’un garçon prénommé Jacques à Bretoncelles. [132] Quant à Anne Bouilly, âgée de 25 ans,  servante chez Pierre Bray à Meaucé ignore de qui elle est enceinte et depuis combien de temps [133].

 Des servantes à la merci  des maîtres et de leur fils.

 La situation de dépendances des servantes vis-à-vis de leur maître et de leur fils les mettait dans une situation très inconfortable. L’existence de  pressions,morales ou physiques subies par ces jeunes filles pour consentir à une relation sexuelle ne peut être niée même si cela ne transparaît pas dans leur déclaration. Marie Morenne, domestique chez Denis Hais laboureur à  Bretoncelles, enceinte d’environ 5 mois des œuvres de Denis Hais fils de son maître. [134] Anne Leger fille de Louis et Renée Lionnois  servante  chez Françoise Bizet veuve de  Pierre Debray à Meaucé enceinte depuis 6 mois des œuvres Pierre Debray le fils de la veuve.[135] Marguerite Buton,  18 ans fille d’un  tisserand  de Bretoncelles se déclare enceinte d’environ 5 mois des œuvres de Louis Richardeau, homme veuf laboureur aux Bordes Bretoncelles « pour avoir en différentes fois sa compagnie charnelle pendant qu'elle était demeurant en qualité de domestique chez lui d’où elle est sortie le 3 de ce présent  mois. » [136] Avec Françoise Millet âgée de  21 ans, originaire St Eliph, nous sommes un peu mieux renseigné, enceinte de 7 à 8 mois de François Ménager laboureur bretoncellois. Elle déclare chez le notaire en présence de sa mère et son beau père journalier,  «  avoir joui plusieurs fois de sa compagnie charnelle dans la maison et dépendances où il demeure à la rue pendant le temps qu’elle servait le dit François Menager et sa mère en qualité de servante domestique chez lesquelles elle a demeuré en cette qualité pendant le temps d’environ trois ans et demi consécutifs que depuis environ 15 jours après le jour de Noël dernier qu’elle en est sortie. » [137] Abusée par une promesse de mariage, fort du soutien de sa famille, elle porte l’affaire devant la justice, nous y reviendrons. Autre cas, Louise Germond âgée de 23 ans, fille mineure de Maxime Germond tisserand décédé et de Catherine Chiffard était  domestique chez François Tomblaine meunier et  Marguerite Gasse au moulin de  Gehouville.  En présence de sa mère et de son frère tisserand, elle dépose chez le notaire qu’elle est  enceinte d’environ 7 mois des faits de André Tomblaine garçon 18 ans fils  de son maître «  pour avoir jouy compagnie charnelle différentes fois depuis environ un an lorsqu’elle était domestique, mais qu’elle ne s’est ainsi abandonné au dit fils Tomblaine  q’après y avoir été par luy sollicité pandant plus de 2 années consécutives c’est à dire peu de temps après la St Jean Baptiste 1765 pour qu’elle est entrée au service de ses dits pères et mères ». [138] Là encore, « l’empressement », les pressions morales sont présents « séduites par toutes ses attentions et plus encore par les promesses qu’il luy a faittes en plusieurs fois réitérées de l’épouser , il est parvenu à jouir de sa compagnie charnelle tellement qu’elle en est devenue grosse. » [139]

 Des jeunes filles dans la détresse.

 Si certaines de ces grossesses, nous l’avons vu,  se terminent par un mariage et une reconnaissance par le père de l’enfant, nombre de servantes se retrouvent dans une situation dramatique. Les archives en fournissent quelques exemples, Louise Sagot, servante à Rémalard, après un passage à Coulonges-les-Sablons,  finit par accoucher à Bretoncelles d’un fils prénommé Jean en 1705. [140]S’agit-il d’une jeune fille que son état conduit à une sorte d’errance ? François Nicourt : déjà citée, suite à son état, elle a quitté sa place pour se retirer aux Murgers.  Elle est décrite après son accouchement« dans l’état le plus terrible dans son lit malade, elle n’a pas de quoi subsister ni son enfant». [141] Le cas le mieux documenté est celui de Louise Germond, enceinte de André Tomblaine, fils d’un meunier. Nous avons évoqué cette relation, la suite nous est connue par la requête présentée au Bailly de La Loupe. « Les pères et mère de l’autheure de cette grossesse s’en sont pas plustot aperçu, ou n’ont pas plustot feint de s’en apercevoir que changeant tout a coup leurs égards et leur attention pour la fille Germond, obligeant leur fils a se refuser a ses promesses, ils ont impitoyablement chasé et mis cette fille hors de chez eux le vendredi au soir quatre du présent mois et l’ont renvoyé sans argent et sans ses habits. […] Tomblaine et sa femme n’ont content d’obliger leur fils a renoncer a ses promesses avaient eu l’audace de jetter a leur porte tous les habits linges et effets de la dite Germond. »[142] Chassée sans ménagement, grosse de 7 mois, hors d’état de gagner sa subsistance, « dans le besoin le plus pressant d’aliments et d’assurer la vie et la nourriture de l’enfant»,  la jeune fille retourne chez sa mère à Fontaine-Simon et porte plainte.

 Déclarer sa grossesse et aller en justice.

 Plusieurs jeunes filles,[143] dont nous avons évoqué la situation, fort du soutien de leur famille engagèrent  des poursuites contre l’auteur de leur grossesse. Cela nécessité tout d’abord de déclarer leur état devant un notaire ou la justice et ensuite de présenter une requête devant la justice seigneuriale afin de faire pression sur le père ou au moins obtenir un dédommagement. Nous avons abordé ce sujet dans l’article « Jean et Marie Jeanne, un exemple de relations sentimentales avant le mariage dans le Perche au XVIIIe siècle. »,[144] nous permettons d’y renvoyer. Nous connaissons le résultat de ces plaintes pour quelques-unes. Louise Germond obtint 90 livres pour ses frais de gésine et la subsistance de l’enfant contre les Tomblaine. [145] Françoise Nicourt 96 livres contre Pierre François Roy.[146] Quant à Jean Boullay, il était condamné à se charger de l’enfant dont Marie Jeanne Guyot était enceinte selon sa déclaration du 30 mars devant le marquisat de la Galaizière. Il devait l’élever dans la religion catholique apostolique et romaine et le présenter tous les trois mois à sa mère et fournir au procureur fiscal un certificat en bonne forme justifiant de l’existence de l’enfant. Les 40 livres de provision adjugées précédemment étaient confirmées. Jean Boullay devait de surcroît régler 120 livres de dommages et intérêts « résultant du déshonneur occasionné a la fille Guyot pour sa grossesse ». [147] Nous laisserons la conclusion de ce chapitre à Jean-Pierre Gutton « Les domestiques mères célibataires représentent […] l’illustration la plus tragique de la détresse qui peut menacer les servantes. Et pour toutes les périodes de l’Ancien Régime les domestiques semblent bien fournir une proportion importante des mères célibataires. »[148]

 Des servantes victimes de violence ?

 La violence à l’encontre des servantes qu’elle soit verbale ou physique ne peut-être éludée, qu’elles proviennent du maître ou de sa famille voire d’autres domestiques. On peut d’ailleurs envisager que les très jeunes domestiques voire de jeunes adultes un peu « faibles » n’aient point été épargnés. Reste en suspens la violence liée  à la sexualité. Anne Fillon qui a étudié de nombreux cas de grossesse prématrimoniale a constaté « La violence, au sens strict du terme- le viol-, n’est jamais indiquée comme cause de la grossesse […]. En revanche elles évoquent souvent, avant les années 1760, une demi-violence, jointe à un harcèlement continuel : on a guetté « le moment favorable », on les a « poursuivies », « tourmentées » « obsédées » ». [149] Nos dépouillements, en cours des archives de la justice seigneuriale de La Loupe centrée sur Bretoncelles ne nous a permis pour l’instant que de retrouver qu’un seul cas d’une servante agressée sur son lieu de travail. Il s’agit de Louisse Roger travaillant dans une ferme du Moulin Viel à Bretoncelles pour le compte du sieur Paris. En septembre 1714, elle adresse une plainte au baily de la Châtellenie de Vaupillon dont dépend le hameau. La plaigante déclare que le 19 septembre vers trois heures et demi « francois Lefebvre fermier dudit Pierre Paris demerant en laditte terre [….] aurait rencontré la supliante a la porte du logis luy disant plusieurs insultes […] et cetait jete sur elle et luy aurait donné plusieurs coups en plusieurs parties du corp tant de pied que de baston [ …] dont elle est grievement blesse. » [150]La réalité de l’agression étant confirmée par trois témoins dont Jean Lefranc, un journalier bretoncellois qui atteste « que le mercredy dernier environ trois heures et demie estant a batre dans la grange du moulin viel appartenant au sieur Paris et en revenant il fit rencontre du nomme françois Lefebvre fermier dudit sieur Paris qui a dit en parlant a la ditte plaignante tu prend tout mon bois en prononcant tu es une bougresse elle lui fit la reponse je ny ait point touche et en mesme temps il luy donne un coup de poind sur la teste , et en mesme temp la repris et la jetta a bas et lui donnant plusieurs coups  de pied que de poing […] c’est ce quil a dit savoir ajoutant quil la traita plusieurs fois de bougresse de putain » [151] Suite à l’examen pratiqué par deux chirurgiens de La Loupe, il fut accordé à la victime 35 livres « pour être employé a ses aliments et médicaments ». [152]D’autres affaires de ce type viendront peut-être à notre connaissance ultérieurement, mais il ne faut pas perdre de vue que par crainte  de perdre leur emploi, les jeunes femmes n’osaient pas porter plainte surtout si le maître ou un de ses fils étaient concernés et que dans les autres cas même ceux impliquant deux domestiques hommes, le problème devait se régler très souvent au sein de l’exploitation sous l’autorité du maître.

Situation matérielle des domestiques.

 Dans la grande majorité des  cas, l’état de de domestique était transitoire. L’un des objectifs étant d’accumuler un pécule permettant de s’établir par le biais du mariage. Que sait-on de leur situation matérielle au sortir de leur condition ? « La situation matérielle des domestiques peut s’exprimer par leur fortune. Les inventaires après décès - rares - les contrats de mariage – nombreux permettent de mesurer cette fortune. Mesure bien imparfaite : ce que possèdent en numéraire les domestiques est loin d’en être que le fruit de leurs épargnes. Celui qui est placé comme domestiques, épongeant ainsi l’excédent d’enfants impossible à nourrir sur la terre paternelle, recevra du frère demeuré sur celle-ci une compensation. La mesure a du moins valeur indicative. » [153] La situation matérielle des domestiques peut donc être saisie à deux moments de leur vie au mariage ou lors du décès.

 Les cas Marin Marchand et Jeanne Noëlle Levêque.

 Comme le dit fort justement Jean-Pierre Gutton, les inventaires après décès des domestiques sont rares, saisir leur situation matérielle à leur mort s’avère compliqué. Si nous  nous penchons sur le cas de deux domestiques décédés chez leur maître, on constate deux situations aux extrémes et peu représentatives l’une comme l’autre. La succession de Marin Marchand se monte à 7  livres, 10  provenant de ses vêtements amputés de 3 livres de passif. Possédait-il des biens immobiliers, héritage de ses parents journaliers décédés, en indivision avec ses frères ? A l’opposé, Jeanne Noêlle Levêque laissait à sa fille de 7 ans, un héritage intéressant. Sa succession se montait à 2 281 francs dont 1714 de dettes actives venant des différents prêts qu’elle avait consentis. Les biens mobiliers d’une valeur de 567 francs étaient composés pour 72 % de sa garde-robe étudiée plus haut. Elle possédait aussi pour 93 francs de fil et de toile ainsi qu’une vache de 9 ans sous poil brun et 6 bêtes à laine d’une valeur de 60 livres.  Le passif était modeste : 58 livres. Le bilan très largement positif se montait à 2 223 francs.Ce qui, rappelons-le, même avec la dépréciation monétaire la place largement au-dessus des ménages de journaliers voire de certains bordagers, si tant est qu’une telle  comparaison soit pertinente.

 Quitter l’état de domestique : le mariage.

 Faire sa pelote : l’exemple des contrats de mariage.

 Nous l’avons évoqué, l’état de domestique est une situation imposée et d’attente. En sortir, c’est s’établir et cela passe par le mariage.  « L’entretien assuré et absence de dépenses alimentaires font que les domestiques parviennent assez souvent à se constituer une épargne qui est évidemment d’importance diverse. C’est là un autre trait qui distingue les domestiques du reste des milieux populaires souvent contraints à vivre « au jour la journée » ». [154] L’état de domestique présente au moins l’avantage pour ceux et celles qui le peuvent [155] ou le veulent de constituer un pécule facilitant un établissement ultérieur. Le retard de paiement des gages en est un aspect,  on a pu voir que cette épargne peut-être visualisée à travers les créances qu’ils détiennent. Les contrats de mariage, a priori, sont aussi un bon moyen de saisir leur situation financière à ce moment charnière de leur vie. Ils doivent permettre, s’ils sont assez précis d’apprécier les sommes issues du passage par la domesticité. Force est de constater que les données que nous avons recueillies, pour l’instant, lors du dépouillement de différents fonds de notaires sont modestes. Sur une centaine de contrats de mariage concernant l’aire géographique de notre étude, ceux dont au moins un des conjoints est domestique sont au nombre de 24, 16 hommes et 8 femmes. Seuls 14 d’entre eux  renferment des données chiffrées sur l’apport financier de l’époux domestique. Les formules « avec leurs droits » ou « tous les droits à eux appartenant » figurent souvent. De fait, une étude statistique est impossible nous nous contenterons donc de présenter les quelques renseignements exploitables. Six contrats portent sur l’apport d’un domestique homme, souvent un chartier. La moyenne s’établit à 238 livres, s’étageant de 20 livres pour François Sorant à Fontaine-Simon en 1791 [156]à 500 livres pour Julien Sagot de Bretoncelles en 1786 [157]. Les autres montants sont de 300, 280, 180 et 150 livres. Concernant les jeunes femmes, 8 contrats sont utilisables. La moyenne est à  246 livres. Le maximum est de 400 livres pour Marie Jeanne Materault en 1791 à Fontaine-Simon [158] à 100 livres pour Catherine Hermenault de St Eliph en 1767. [159] Ces apports ont principalement deux origines  : soit des biens et droits mobiliers issus de l’héritage comme pour Julien Sagot dont la contribution est prise sur l’inventaire après décès  en avance d’hoirie de la future succession de sa mère décédée, [160] soit des « gains et épargnes » en particulier pour les jeunes filles dans 5 cas sur huit. Ce qui laisserait à penser qu’au moins pour les servantes, le placement permettait de constituer un pécule permettant de convoler dans de meilleures conditions. Le cas des deux sœurs Maherault de Vaupillon en apporte peut-être la preuve. La première Marie Louise apporte lors de son mariage en janvier 1791, 20 livres en meubles et effets. La seconde, notée domestique, en novembre de la même année, se marie avec une dot de 400 livres provenant de meubles, effets et argent provenant des ses gains et épargnes. [161]A la vue de la dot de sa sœur, l’essentiel de son apport provient bien des gains accumulés lors de son placement.

Nous laisserons la conclusion de ce chapitre à Jean-Pierre Gutton« L’épargne des servantes paraît souvent plus importante que celles des serviteurs qui disparaît dans les amusements, la boisson, les jeux » [162]

 Le mariage.

 Le mariage est pour les domestiques, peut-être encore plus que pour les autres groupes sociaux, un événement charnière de leur existence. En effet, c’est pour une grande majorité d’entre eux, le moment où ils sortent de leur condition de dépendance pour accéder à l’autonomie. Nous avons saisi grâce à notre fichier 146 mariages dont l’un des conjoints est déclaré domestique dans l’acte. Nos sources sont 35 célébrés entre 1700 et 1739, 95 entre 1740 et 1792 et 16 contrats de mariage. La plupart des unions ont eu lieu  à Bretoncelles. 94 conjoints sont des hommes et 82 femmes.

 L’âge au mariage.

 Nous avons calculé l’âge moyen au mariage des conjoints. Il s’établit pour 38 femmes dont nous disposons celui-ci, soit de façon directe soit approximative, à 27,6 ans et à 28,1 ans pour 45 hommes.

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Tout d’abord, il convient de noter le faible nombre de données concernant les domestiques. Si les tendances révélées par les moyennes sont plausibles, les chiffres bruts sont à prendre avec précaution. La différence d’âge entre les   hommes  et  femmes est moins importante que dans la population paroissiale 0,5 an contre   2,1 et 1,2 suivant que l’on se base sur l’âge direct ou approximatif. On peut penser que le groupe des domestiques est plus homogène en termes d’âge que celle de Bretoncelles. Pour les deux sexes, l’âge au mariage des domestiques est plus élevé de 3 à 1,3 an pour les femmes et 1,4 et 0,6 chez les hommes suivant que l’on se base sur l’âge direct ou approximatif.

La différence est nettement plus importante chez les femmes dans la mesure où dans la population paroissiale, elles se marient plus jeunes que les hommes.

Cet âge des unions plus élevé chez les domestiques n’a rien de surprenant, leur situation, nous l’avons évoqué, est une situation d’attente avant l’établissement par le biais du mariage et celle-ci peut pour diverses raisons durer. Il est aussi plausible que les jeunes servantes aient plus de difficulté à accéder au marché matrimonial que leurs collègues hommes.

Se marier entre domestiques, épouser un veuf ou une veuve.

 Les unions entre domestiques représentent 17,8 % (25 cas) de notre panel. Nous avons déjà  évoqué quelques cas connus grâce aux déclarations de grossesse. C’est pratiquement le même nombre d’union qui touche les remariages. 7 domestiques hommes épousent une veuve, dans trois cas, il s’agit de veuves de laboureurs. Les servantes, elles, sont 17 à marier  un veuf soit 20,7 % des noces les concernant. Il n’est pas évident de savoir si le ou la  domestique a convolé avec son maître ou sa maîtresse. Seuls deux cas de mariage d’une servante avec son maître  sont avérés, ils seront présentés dans un chapitre ultérieur. Enfin, nous avons un mariage entre deux domestiques veufs.

 Origine sociale des conjointes des domestiques hommes.

 Nous possédons le métier de 67 conjointes de domestiques, soit 71,2 % des domestiques de notre fichier s’étant mariés.

 

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 On constate une grande diversité, si les domestiques épousent des filles de journaliers ou de manœuvres dans 38,8 % des cas, ils se marient aussi avec des filles de laboureurs ou de bordagers respectivement 19,4 et 14 %. Ces  trois catégories représentent 71,6 % des 67 cas connus. Les 19 autres sont issues du monde des tisserands et assimilés (tissier, filassier, tireur d’étain …), 3 marchands, 4 artisans,[164] 3 ouvriers du secteur sidérurgique.[165]

 Une endogamie certaine.

 Nous avons confronté le milieu d’origine des domestiques avec celui de leur conjointe. Le tableau qui suit en présente les résultats. On constate une endogamie marquée ce qui est dans la logique de l’ancien régime qui veut que l’on épouse dans son milieu. Nous affinerons ce point en étudiant le devenir des domestiques hommes, une fois mariés.

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 Origine sociale des conjoints des domestiques femmes.

 Sur 82 domestiques femmes  de notre panel s’étant mariées entre 1700 et 1792, nous connaissons la profession de 68 conjoints (82,9%) présentée dans le graphique qui suit.

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 Premier constat, 37 % de nos servantes ont épousé un domestique. Leurs conjoints sont aussi des journaliers à 22 %. On trouve aussi 4 compagnons : tisserand, tailleur, cloutier (2). Peu de laboureurs (3) et de bordagers (4). Les tisserands et assimilés (8) et les tailleurs (4).

Quitter l’état de domestique : une ascension sociale compliquée ?

 Un objectif : dépasser le statut de journalier pour les hommes.

 Nous l’avons signalé, le statut de domestique est, pour une grande majorité d’entre eux un état transitoire, une situation d’attente qui prend en généralement fin avec le mariage et l’établissement autonome. «  Dans les registres paroissiaux  […], il n’est pas rare qu’un jeune homme soit qualifié de « domestique » dans un acte et « laboureur » dans un autre acte quelques années plus tard. Entre temps son père est mort et notre homme a repris la petite exploitation familiale et qu’il avait dû provisoirement quitter pour se  mettre  « en condition ». [166] Michel Bernard indique « Ce dernier [le domestique] devient souvent journalier après son mariage la domesticité n’étant transitoire » [167] La situation protégée des domestiques, leur faculté d’épargne leur permettaient-ils de sortir de leurs conditions et d’envisager une ascension sociale ?  Nous nous sommes donc penchés sur ce que l’on peut appeler le devenir d’un certain nombre de domestiques de notre panel. Pour ce faire, nous sommes partis d’un groupe de  43  jeunes hommes signalés pour la grande majorité  comme domestiques au mariage à Bretoncelles entre 1700 et 1792. Nous avons confronté ce panel à notre base de données des baptêmes et à celle de Geneanet pour connaître leur nouvelle profession quelques années plus tard. 18 sont journaliers soit 41,8 %, 8 sont laboureurs (18,6%), 5 sont bordagers. On trouve 2 meuniers, 2 marchands, 2 filassiers, un tisserand, un boulanger, un gouverneur de bestiaux. Enfin,2 restent domestiques. Nous avons aussi confronté, mais cette fois-ci au niveau des individus, la profession du père  du domestique à celle du père de la conjointe. Nous avons ces deux éléments pour 55 d’entre eux. Dans 22 cas, la profession est la même, ainsi Pierre Moreau fils de journalier épouse en 1792 Marie Anne Geslain elle aussi fille de journalier.[168] Dans 7 cas, on décèle une origine sociale de l’épouse supérieure à celle de son mari. François , fils de manœuvre se marie en 1755 avec Marie Jeanne Cordier fille de laboureur. [169] Dans 7 cas, on note une union inférieure au milieu d’origine. Michel Engoulvent fils d’un laboureur convole en 1789 avec Marie Darreau fille d’un tailleur.[170] Nos remarques portent sur 65,4 de nos 55 individus. Pour les autres, il n’est guère possible de trancher.

Tout cela est à prendre avec précaution, d’une part le panel est restreint, ensuite tout dépend de la trajectoire professionnelle du domestique considéré. David Louis fils de journalier épouse Marguerite Marchand, fille d’un laboureur en 1769, elle-même placée.[171] On pourrait envisager un début d’ascension sociale, en fait quelques années plus tard, on le retrouve journalier.  Autre exemple Jean Nourry fils de tailleur mariant Marie Lecointre en 1763, il semble se stabiliser comme bordager tout en continuant peut-être  son premier métier.[172] Le cas de Noël Sagot est symptomatique de la difficulté à saisir une possible ascension sociale. Ce dernier, fils de journalier,  épouse Louise Dauvergne, fille de laboureur, en 1748. Il est noté dans un acte laboureur puis ensuite journalier.[173] La fluctuation des statuts liée aux circonstances économiques, familiales, voire  la perception du statut qu’en a le rédacteur de l’acte invitent à être prudent. A l’inverse, épouser dans un milieu inférieur ne conduit pas forcément à une dévalorisation sociale. Michel Garnier, fils de laboureur épousant Michelle Cottereau, une fille de journalier en 1789[174] exerce comme bordager.[175] Si nous manquons de données pour conclure de façon certaine, il semble bien cependant que l’ascension sociale des domestiques hommes même dotés d’un pécule accumulé lors de la période de domesticité ne soit pas évidente. L’endogamie est forte, les fils de laboureurs placés ont plus de chance d’être ensuite laboureurs que le fils de journalier épousant un fille de laboureur. De nombreux facteurs interviennent nombre d’enfantsdans la fratie,  le rang de naissance, les revers de fortune, l’aide de la famille…

 Un objectif : épouser au-dessus de sa condition.

 Penchons-nous maintenant sur le cas des servantes. Jean-Pierre Gutton note « Les dots que les servantes se constituent par leurs épargnes leur permettent parfois des mariages au-dessus de leur condition avec un marchand ou un compagnon qui, grâce à la dot, deviendra maître » […][176] Pour essayer de saisir une possible ascension sociale des servantes, nous avons mis en relation le métier de leur père et celui de son conjoint. Pour être plus précis, nous avons pour les conjoints domestiques (25) pris en compte la profession de ces derniers après le mariage.[177]

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Il semble bien que pour les servantes, le mariage ne soit  pas synonyme d’ascension sociale. La même méthodologie appliquée aux servantes portent sur 26 cas. On constate que les 11 filles de journaliers ou de manœuvres épousent 7 hommes exerçant les mêmes mètiers. 6 filles de laboureurs épousent un journalier, un bordager, un tissier mais une seule un laboureur. Les trois filles de bordagers épousent deux journaliers et un laboureur. Là encore, il semble bien que l’ascension sociale ne soit pas au rendez-vous. La conclusion de Jean-Pierre Gutton nous paraît conforme à l’étude de nos sources. « Mais dans  l’ensemble, les hommes et femmes se marient dans leurs milieux d’origine. » [178]

 Gabriel Grassin et Andrée Seguin : un exemple  de devenir d’un couple de domestique.[179]

 Nous avons déjà évoqué ces deux domestiques précédemment, le document utilisé, un inventaire cession permet d’éclairer de façon plus précise le devenir de ce couple. A l’origine Gabriel Grassin et son épouse étaient domestiques  chez Gabriel Grassin, premier du nom, père et beau-père du couple, laboureur à St- Victor-de-Buthon. Cette position de domestique est clairement attestée à travers une dette de 9 ans de gages déjà évoquée plusieurs fois dans cette étude. En 1781, Gabriel Grassin père décide de faire procéder à l’inventaire de la communauté qui a régné entre lui et son épouse Louise Pantonnier, décédée huit ans auparavant et dans la foulée de procéder à la cession de ses biens souhaitant cesser son activité. Outre notre domestique, 7 autres héritiers étaient concernés par la succession des enfants et des petits-enfants. L’actif de la succession était de 914 livres et le passif de 1156 livres composé essentiellement des 900 livres de gages dues au couple Grassin/Seguin. Les héritiers décidèrent de céder leur part à Gabriel, à charge pour lui de régler le passif de la succession et  de prendre en charge Grabriel Grassin père.  Le couple se retrouvait à la tête d’une exploitation de 36 arpents [180]dans le cadre d’un bail à 1/2 grains. Le cheptel se composait de deux vaches, un taureau, un bouvard, de trois veaux dont un de lait, d’une jument sous poil gris, de 25 bêtes à laine et de deux porcs noture ; l’ensemble valant 596 livres. A cela s’ajoutaient les acquisitions du couple à savoir deux bœufs et une jument ainsi que d’autres objets comme un lit et deux chaises à enfant.[181]  Le matériel agricole d’une valeur de 160 livres se composait d’un charty, d’un banneau, d’une charrue et de deux herses. Le cas de notre couple est à prendre pour ce qu’il est à savoir un exemple de trajectoire parmi tant d’autres. Il illustre néanmoins le cas de fils de laboureur placé comme domestique en attendant de reprendre l’exploitation familiale sauf qu’ici le placement se fit sous la coupe du père.

 Les domestiques « indépendants »

 Il nous a semblé intéressant de nous pencher sur les domestiques qui ne vivent pas sur les exploitations et qui assurent eux-mêmes leur logement, nourriture, payent des impôts et jouissent de fait d’une certaine indépendance étant par rapport à leur maître. De surcroît, ces derniers pouvaient avoir une petite activité agricole personnelle comme les journaliers. Cette domesticité est encore plus difficile à cerner. Nous avons fait appel, pour les identifier, aux registres de taille de Bretoncelles. Les sondages effectués dans un certain nombre d’entre eux entre 1681 et 1758 ont permis d’en repérer quelques-uns. Il est fort probable que leur présence est minorée, en effet les statuts professionnels des taxés ne sont pas toujours mentionnés et des domestiques « se cachent » peut-être parmi les redevables d’une obole. 

Sans titre 19

 On constate que le montant des contributions est faible et les placent dans la catégorie pauvre voir gênée, au niveau des journaliers les moins imposés. Nous disposons aussi des inventaires après décés de deux domestiquesoccupant leur logis personnel. S’ils nous permettent de saisir leur cadre de vie et leur situation matérielle à un moment donné, ils ne doivent pas être considérés comme représentatifs.

 Louis Coignard : une certaine aisance.

 Louis   Coignard décède en 1773[182] au moulin de Courvoisier où il était employé par Denis Tomblaine [183] à l’âge de 26 ans. Fils d’un bordager de la Voye à Bretoncelles, il était orphelin de père et mère. Il avait deux frères, Louis un journalier tuteur de leur frère François et leurs deux  sœurs Marie et Jeanne.  Nous ignorons où il habitait peut-être au hameau de La Voye à Bretoncelles. Son domicile se compose a priori d’une seule pièce, il n’est pas fait mention de cheminée. On note l’absence de matériel de cuisson, d’éclairage et de vaisselle. Doit-on en déduire qu’il prenait ses repas sur son lieu de travail ou chez un membre de sa famille ? Ses meubles se composaient d’un coffre, d’une vieille huche et d’une table le tout en chêne d’une valeur de 14 livres. Dormait-il sur place ? La présence d’un lit équipé d’un traversin, de deux draps et d’une couverture le tout estimé à 21 livres peut le laisser entendre. D’autant qu’il possédait une vache sous poil rouge prisée avec son veau à 45 livres et13 agneaux valant 30 livres se trouvant dans la même pièce, [184] il devait bien séjourner chez lui pour les nourrir à moins que cette tâche ne fût dévolue à son frère. La présence de fil en gros ou brin, d’un lot de chanvre, deux rouets et de cardes permet de penser qu’il se livrait à une activité de filage à ses moments perdus. Notre domestique possédait un vestiaire tout à fait correct, d’une valeur de 20 livres dont nous donnons la liste dans l’annexe n°1. Les dettes passives nous apprennent que les meubles se trouvant dans la maison provenaient des biens de ses parents, il lui avait été adjugé pour la somme de 42 livres 18 sols dont il était toujours redevable à la succession de ces derniers. Il en était de même de 90 livres de fermage pour son domicile et peut-être quelques lots de terre. Le montant de ses biens mobiliers, cheptel compris, était évalué à 154 livres. Les animaux représentaient 55,1 % de l’ensemble, le lit et les vêtements 13 % chacun. Comme beaucoup de domestiques son maître lui devait de l’argent 160 livres sous forme gages et d’argent déposé. On lui devait aussi 115 livres essentiellement pour argent prêté. L’actif de la succession se montait à 431 livres pour un passif de 145 livres soit un solde positif de 286 livres.

 Françoise Douveau : une domestique pluriactive ?

 Françoise Douveau était domestique chez Jean Garnier, [185] un laboureur du Colombier à Bretoncelles, elle meurt à 32 ans en 1775  chez elle au  hameau du moulin neuf après huit jours de maladie. [186] Elle était la fille de Charles, laboureur de son vivant et de Françoise Cordier, tous deux décédés. Sa soeur Louise était veuve d’un journalier. Elle était décédée quelques mois avant laissant 4 enfants mineurs.[187] Elle avait aussi un frère Charles. Son lieu de vie se composait d’une maison manable dans le prolongement de laquelle on trouvait d’un côté une petite écurie, une petite grange et un bâtiment qualifié de maison servant de stockage, semble-t-il, et de l’autre un petit cellier, le tout ouvrant sur une cour. Nous ignorons l’origine de ces bâtiments et des terres dont on décèle l’existence de façon indirecte. Biens propres résultant du partage de la succession de ses parents, elle était la fille d’un laboureur ou fermage. Nous n’avons pas de trace de bail, d’ailleurs il n’y a ni titres ni papier d’inventoriés.[188] Françoise Douveau était célibataire, il est cependant fait mention d’affidé (associé) : Jean Courville qui devait la seconder dans ses activités agricoles. Contrairement à Louis Coignard, la maison de Françoise Douveau est un véritable lieu de vie, le notaire inventorie du matériel pour le chauffage, la cuisson, l’éclairage et de la vaisselle. Nous en donnons le détail en annexe N° 3. Le mobilier est succinct : une huche, deux coffres et de mauvaises chaises de bois blanc, mais pas de table. L’ensemble est prisé à un peu plus 20 livres. Le coucher est présent sous la forme d’un lit à quatre quenouilles qualifié de très mauvais d’une valeur de 4 livres, ce qui est fort peu. La garde-robe dont la liste figue en annexe n° 3 est beaucoup plus fournie, elle atteint la somme de 58 livres soit 37,4 % des biens mobiliers cheptel compris. Comme souvent on identifie une activité de filage à travers la présence d’un rouet, d’un dévidoir et de 35 livres de chanvre froissé. Elle produisait aussi du beurre comme l’atteste la présence d’une vache et du matériel dédié : une baratte, 10 pots à lait, une balance, une boîte à crème et un plateau à beurre. Françoise Douveau avait une activité agricole probablement avec l’aide de son affidé. Dans l’écurie, se trouvaient une vache sous poil blond de 10 ans, une taure sous poil noir et deux petits veaux broutiers. La basse-cour, modeste, se composait d’un coq et de trois poules. A travers des traces indirectes, on repère aussi une activité agricole. En effet, dans les espaces de stockage, il restait, nous sommes en mai, 4,5 minots de gros grains pour une valeur de 10 livres, un boisseau de graines de chanvre, mais aussi une créance  de 24 livres pour labours et 4 livres pour des journées. L’actif mobilier s’élevait  à 179 livres, les dettes actives à 21 livres dont 15 de gages soit un total de 200 livres. Le passif outre les salaires était composé des frais engagés lors de la maladie de Françoise pour un montant de 32 livres 8 sols, à cela venait s’ajouter les frais de chirurgien et d’inhumation dont le total  au moment de l’inventaire n’était pas connu. Le bilan de la succession s’établissait à une centaine de livres.

Comme la plupart des journaliers, mais aussi des artisans, nos deux domestiques ont une petite activité agricole. Fort d’un salaire plus ou moins régulier, ils pouvaient s’assurer une vie peut-être un peu moins compliquée. Bien qu’âgés de 26 ans pour Louis et de 3é ans pour Françoise, ils sont sans charge de famille, ils investissent dans un petit cheptel pour les deux. Louis thésaurise et Françoise garnit sa garde-robe.

 Les  serviteurs des seigneurs de Bretoncelles.

 Il nous a semblé intéressant, bien que sortant du cadre de la domesticité agricole d’évoquer les serviteurs des seigneurs de Bretoncelles. Les données dont nous disposons proviennent des dépouillements des registres paroissiaux. Les domestiques sont saisis au moment des baptêmes, mariages ou décès. Nous avons trouvé quelques « hommes de chambre » du marquis de Bretoncelles comme maître Jean François Lefevre, repéré en 1669-1665,[189] Dubreuil Nicolas en 1675-1677, « l’honnête personne », [190] Jean Jacques Vaucquet en 1676-1678.[191] En 1684, nous retrouvons Thiphoneau Antoine, il décède à l’âge de 30 ans au  service du marquis   Le Comte de Nonant, il était originaire de Chalons-sur-Saône. Citons encore Louis de la Croix, parfronnier (palefrenier) du logis de Bretoncelles en 1675.[192] Nous connaissons aussi le nom d’un des cuisiniers de Jacques Lecomte de Nonant, il s’agit de Maître Charles Neufchaise, originaire se St Barthélemy d’Apremont en Franche-Comté, né en 1665, il épouse en janvier 1696 à Bretoncelles Marguerite Lecourt. Au moment de convoler, il est au service du marquis depuis 5 ans. [193] Quelques années plus tard, il est noté hoste, c’est à dire hôtelier toujours à Bretoncelles. Nous renvoyons, pour plus de détails sur son parcours et sa famille, à notre article « L’incendie à l’auberge de la Croix blanche » dans ce blog. Nous ne connaissons qu’une seule servante : Marie Jacqueline Thibaut, fille du procureur de Villeray et lieutenant de Bretoncelles et de Magdeleine de Marcadé, tous deux décédés. Elle épouse en 1704, Pierre Marchand, un tailleur fils de Pierre un journalier tailleur et de Jeanne Haye, eux aussi décédés. Le statut du père de l’épouse explique peut-être pourquoi le seigneur de Bretoncelles avait pris l’orpheline à son service et surtout sa présence comme témoin au mariage avec trois des membres de sa famille.[194]

 Les relations maîtres domestiques.

 

« Le domestique est entièrement sous la puissance du maître. » [195]Ce dernier attend de son personnel solidarité tant à sa personne qu’à sa maison au sens de famille. Jean-Pierre Gutton a longuement développé ce point en particulier à propos de la domesticité des maisons princières et nobles. Le même phénomène existait, à une échelle moindre, en milieu rural. Un des aspects des relations entre maîtres et servantes, nous l’avons évoqué, touche aux domaines de la sexualité et des pressions de tous genres que les jeunes filles devaient supporter. Néanmoins, nous possédons deux exemples où les relations furent probablement plus apaisées, car elles débouchèrent sur un mariage. Ainsi Jeanne Victoire Mérie épouse, en septembre 1791 [196] Pierre Debray un bordager de Vaupillon, père de 6 enfants, veuf de Léonarde Villetrouvé  décédée en février 1790 chez qui elle était domestique. [197] L’autre cas concerne Marie Alexandre  Ferré, en août 1783, elle accouche d’une petite Marie Jeanne dont le père est son maître, Jean Mignot, laboureur de Bretoncelles.[198] L’enfant sera légitimé lors de leur mariage en janvier 1784.[199] D’autres types de relations existent comme la présence des maîtres au côté de leurs domestiques au moment du mariage. Jean Louis Goulet est assisté de Louis ?  son maître,  lors de la signature de son contrat de mariage en 1791.[200] Etienne Dauvergne, le maître de Denis Loiseau est présent au mariage de son domestique avec Marie Rousseau à Bretoncelles en 1753.[201]

 Domestiques et société.

 Il importe de s’intéresser à la façon dont la société d’ancien régime percevait la domesticité. Deux niveaux d’observation sont envisageables : le village et les autorités au sens large. Pour aborder ce sujet, nous sommes obligés de citer les analyses de Jean-Pierre Gutton, que nous citeront largement sans pouvoir les illustrés d’exemples tirés de nos sources.

Les domestiques dans la paroisse.

 Deux piliers structurent dans l’ancien régime la société villageoise : la religion et la communauté d’habitants. Jean-Pierre Gutton nous explique comment les domestiques s’y inscrivent. «  Les domestiques sont intégrés à la vie paroissiale. La Réforme catholique soucieuse du salut de tous a confié au maître le soin de veiller à ce salut. » [202]Jean-Pierre Gutton y voit la preuve que les domestiques agricoles à l’instar d’autres groupes sont incapables de se sauver seuls. Il est prévu que les maîtres « feront réciter les prières en commun ». L’institution ecclésiastique est aussi sollicitée, « Lorsqu’une mission est organisée dans un village, un catéchisme ou une prédication est faite tôt le matin. Si la paroisse dispose en plus de ceux du curé des services d’un vicaire ou d’un chapelain [comme à Bretoncelles], une messe « matutinale » est dite pour les domestiques et pour les valets de ferme préposés aux soins du bétail. » [203] Jean-Pierre Gutton pointe aussi que « la participation des domestiques agricoles à la solidarité née de la communauté d’habitants est également attestée. [204]Certes, ils ne sont pas admis à l’assemblée de la communauté, lieu de décision réservée aux chefs de famille et à laquelle, la plupart du temps, seuls les notables participent. « Mais ils sont considérés et se considèrent comme tenus par les contraintes non écrites qui faisaient la solidité des villages de jadis. » [205]

 Les domestiques : un groupe sous tutelle et suspect. [206]

 L’administration royale était particulièrement méfiante à l’égard de ce groupe social difficile à cerner du fait de sa mobilité, de son instabilité. De fait, elle a produit une quantité d’actes visant à le contrôler. « Le nombre d’actes royaux qui ont trait à la police des domestiques est impressionnant. Au plan local, les règlements émanant des autorités judiciaires ou administratives sont également répandus.» [207] Les axes principaux  de ces textes portent sur les gages, la mobilité, le port d’armes et diverses incapacités de ce groupe social nous dit Jean-Pierre Gutton. Nous renvoyons à son ouvrage pour ce qui est de l’évolution de la législation. «  Une très importante partie de la législation les concernant à trait à un contrôle : contrôle de leur embauche, de leurs déplacements … » [208] Il s’agit en fait de cas particulier à un grand ensemble de la police du monde du travail à cette époque. « Cette législation destinée à assurer la stabilité de l’emploi et le contrôle des changements de maître est en place, à peu de choses près, à la fin du XVIIIé siècle.» [209] Là encore, Jean-Pierre Gutton nous en résume bien les tenants et aboutissants. [210] Il s’avère que « les domestiques sont souvent considérés comme suspects et même comme mineurs. » [211] De nombreuses craintes existent à leur égard : relations sexuelles avec la maîtresse ou sa fille, le vol domestique, le vagabondage.

« L’aspect mineur des domestiques sur le plan juridique  peut s’apprécier à travers l’impossibilité de témoigner pour ou contre leur maître. » [212] En effet, « on estime que lien créé par le contrat de domesticité ne permet pas l’indépendance d’esprit puisque le domestique se doit tout entier à son maître. » « Les domestiques ne peuvent pas non plus se marier sans le gré de leur maître sous peine de perdre leurs gages." […] [213] En 1696, le marquis de Bretoncelles consent au mariage de son cuisinier Charles Neufchaise.[214]En l’absence de contrat, ils sont considérés comme des mendiants, des vagabonds, bref des gens suspects risquant de trouber l’ordre public. Ce raisonnement perdurera au cours du XIXé siècle. « En 1791 les domestiques n’ont pas de droits politiques, ils ne les acquereront qu’en 1848. La loi de 1827 les prive de la possibilité d’être juré ou témoin. La loi de 1884 les exclut des conseils municipaux. » [215]

 CONCLUSION.

 Etre domestique est tout d’abord une situation d’attente fournissant  la possibilité d’épargner avant l’établissement par le biais du  mariage et offrant l’espoir d’une ascension sociale. C’est aussi une situation ambiguë pour reprendre le titre d’un chapitre de Jean-Pierre Gutton. L’engagement procure une protection certaine à travers les gages, le gîte et le couvert, éléments précieux surtout en période de crise. Tout n’est pourtant pas idyllique, les domestiques forment un groupe social suspect et mineur, la soumission au maître devait être pesante. Le chômage, le risque de tomber dans la précarité puis la mendicité sont réels. A l’intérieur de la domesticité, les femmes sont particulièrement exposées , aux dangers évoqués s’ajoutent la violence, le risque de la grossesse et la detresse qui s’en suit. Nous avons essayé en nous appuyant sur l’ouvrage de Jean-Pierre Gutton de présenter un certain nombre de réalités de ce groupe social peu documenté du monde rural, ayant comme volonté de donner un peu de visibilité aux personnes qui à un moment de leur vie ont, par leur travail, participé à la vie des exploitations de Bretoncelles et ses environs. Au terme de cette étude, il convient d’en pointer les manques. Nous savons peu de choses sur les relations entre maîtres et domestiques. Nous échappent aussi, ceux employés ponctuellement principalement l’été et qui l’hiver venu se retrouve sur les routes à la recherche d’un hypothétique emploi, acculé à la mendicité et à la merci de la maréchaussée. Absents aussi les jeunes gens et jeunes filles contraints de s’engager en ville à La Loupe, Nogent-le-Rotrou, Chartres voire Paris.

 

Annexe n° 1

 Vêtements de Louis Coignard valeur 20 livres. [216]

 3 mauvaises culottes

4 vestes dont une de grisette et 2 mauvaises de serge sur fil

3 gilets  dont 2 de serge blanche et un de serge sur fil

9 chemises de toile commune

2 vieilles paires de bas

1 chapeau

1 bonnet

1 paire de souliers

 

Annexe n° 2

 Vêtements de Françoise Douveau valeur 58 livres.[217]

 

4 pieuvres de corps de baleine dont deux très mauvaises

3  justes dont un de grisette bleue

un corset très mauvais

7 jupons dont 2 de telon gris, deux de serge et un de chenillé

5 tabliers dont un d’étamine bleue, un de grisette de même couleur, deux de berluche et un de coton et toile de brin

12 chemises de grosse toile tant bonnes que mauvaises

2 paires de bas

1 paire de souliers

8 coiffes de toile de brin

4 bonnets piqués

6 mouchoirs de col et poche

10 pièces de linge de tête de toile blanche et mousseline

2 couvertures de tête une de laine blanche, l’autre de telon blanc.

Sans titre 20

 

 

 



[1] Le terme « domestique » dans le texte est employé dans un sens général, sans distinction de sexe.

[2] A laquelle nous avons rattaché les garçons meuniers.

[3] Gutton Jean-Pierre Domestiques et serviteurs de l’ancien régime. Aubier Montaigne Coll Historique Paris 1981 en particulier le chapitre III Les domestiques agricoles p 101 et suivantes.

[4] Ibid., p. 101

[5] Ibid., p 9

[6] Ibid., p 101

[7] Principalement le chapitre III Les domestiques agricoles p 101 à  132 et le chapitre IV  Les domestiques et la société p 133 à 167.

[8] 1 er germinal an XIII  (22 mars 1805) 3 NUMLN61/M1458-01 A.D.O http://archives.orne.fr

[9] C’est cette base qui nous a permis de réaliser l’étude démographique de la paroisse de Bretoncelles. Voir les différents articles dans ce blog.

[10] Signalons aussi 3 inventaires après décès et une procédure judiciaire (l’affaire Boullay, présentée dans ce blog, voir actualités n° 5.)

[11] 22/12/1772 BMS Bretoncelles 1772-1779 3NUMECRP61/EDPT493_41 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[12] 30/7/1760 BMS Bretoncelles 1760-1762 3NUMECRP61/EDPT493_40_1 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[13] 20/9/1788 BMS Vaupillon (1772 – 1790)  3 E 401/005 A.D.E.L  http://www.archives28.fr

[14] 20/11/1763 BMS Bretoncelles 1763 3NUMECRP61/3E2_061_4_1 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[15] 1 er germinal an XIII  (22 mars 1805) 3 NUMLN61/M1458-01 A.D.O http://archives.orne.fr

[16] Inventaire après décès de Marin Marchand 17/03/1781.Notariat de Moutiers-au- Perche. Etude Charpentier. 4E 184/346 A.D.O

[17] 27/9/1780 BMS Moutiers-au-Perche 1780-1785 3NUMECRP61/46-37 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[18] 21/12/1767 BMS Moutiers-au-Perche 1767-1772 3NUMECRP61/46-35 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[19] Inventaire après décès de Jeanne Noëlle Levêque 19 prairial an 7 (7/6/1799) Notariat de Moutiers-au- Perche. Etude Charpentier. 4E 184/346 A.D.O

[20] Convention 29/12/1765 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau. 2E 65/458  A.D.E.L

[21] Op.cit. , p. 201

[22] Inventaires après décés d’Isabelle Sangleboeuf  24/7/1786 et Marie Madeleine Veillard 30/9/1786 Notariat de La Loupe. Etude Boullay  2 E 65/501 A.D.E.L

[23] Inventaires après décés de Denis Haye 7/5/1791 Notariat de La Loupe. Etude Boullay   2 E 65/516 A.D.E.L

[24] Inventaire après décés de Charles Soret 1/7/1774 Notariat de Moutiers-au-Perche. Etude Charpentier 4 E 184/339 A.D.O

[25] Inventaire après décés de Jean Chassegné 19/6/1762 Notariat de La Loupe. Etude Mullot 2E 64/60 A.D.E.L

[26] Inventaire après décés de 13/11/1788 Notariat de Moutiers-au-Perche. Etude Charpentier 4 E 184/351 A.D.O

[27] Inventaire après décés de Jacqueline Lochon 9/12/1786 Notariat de La Loupe Etude Boullay   2E 65/501 A.D.E.L

[28] Ils sont 18 sur 66 dont 16 n’en ont qu’un.

[29] Recensement du 1 er germinal an XIII  (22 mars 1805) 3 NUMLN61/M1458-01 A.D.O http://archives.orne.fr

[30] Jean-Pierre Gutton opt.cit., p. 109

[31] Baulant, Micheline, « Groupes mobiles dans une société sédentaire : la société rurale autour de Meaux au XVII e et XVIII e siècle », in Vincent, Bernard (éd.), Les Marginaux et les exclus dans l’histoire, Paris, Cahiers Jussieu n° 5, 1979, p. 78-121. Cité aussi par Jean-Pierre Gutton p 119

[32] Fulgence Delleaux, « La mobilité professionnelle des domestiques au service des grandes exploitations agricoles en France du Nord au XVIII e siècle (Artois, Flandre, Hainaut) », Histoire & Sociétés Rurales 2015/2 (Vol. 44), p. 7-26. https://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2015-2-page-7.htm

[33] Fulgence Delleaux s’appuie sur  les Mémoires d’Adrien Thueux (1757-1816), valet de charrue dans l’Artois, qui « a retracé sa vie professionnelle à compter de 1770 : ses différents engagements et emplois en tant que domestique auprès de plusieurs fermiers du Pays de Montreuil. » Nous ne disposons pas d’ego-documents nous permettant de mieux éclairer cet aspect de la vie des domestiques.

[34] Inventaire Pantonnier Louise Cession André Grassin père 3/5/1781 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2 E 65/489 A.D.E.L

[35] Inventaire après décés de Guillaume Lecointre 7/9/1772 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2E 65/473 A.D.E.L

[36] Inventaire après décés d’André Perche 20/7/1787 Notariat de La Loupe Etude Boullay   2E 65/512 A.D.E.L

[37] Inventaire après décés de Marie David 2/7/1791 Notariat de La Loupe Etude Boullay   2E 65/510 A.D.E.L

[38] Inventaire après décés de Marie Angoulvant épouse Mercier 14/3/1792 Notariat de La Loupe Etude Boullay   2E 65/517 A.D.E.L

[39] Déclaration de grossesse de Françoise Millet 7/7/1765 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2 E 65/458  A.D.E.L

[40] Déclaration de grossesse de Renée Mauger 11/9/1769  Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2 E 65/466  A.D.E.L

[41] Jean-Pierre Gutton opt.cit., p. 109

[42] Nous renvoyons à cet article pour les sources. Jean et Marie Jeanne, un exemple de relations sentimentales avant le mariage dans le Perche au XVIIIe siècle. On peut la retrouver dans la catégorie Les étapes de la vie.

[43] Les distances ont été relevées sur le site d’itinéraires en ligne Michelin. 5 lieux d’origine n’ont pas été identifiés, plusieurs communes portant le même nom, orthographe incertaine, paroisses urbaines ou hameaux déclarés par les recensés.

[44] Jean-Pierre Gutton opt.cit., p. 108

[45] Rose, Louis, Le Bon fermier ou l’ami des laboureurs, Lille, 1767. p 100

[46] Fulgence Delleaux Op.cit. 

[47] Rose, Louis Op.cit., p. 101

[48] Jean-Pierre Gutton opt.cit., p. 110

[49] Ibid.; p 108

[50] De même qu’employer un frère et sa soeur comme dans le cas de Jean et Magdeleine Marquis chez le sieur Charpentier présentait des avantages. Inventaire après décés de François Charpentier, laboureur Moutiers-au-Perche. Notariat de Moutiers-au-Perche. Etude Charpentier 4E 184/349 A.D.O

[51] Inventaire après décés Louise de Pantonnier. Cession André Grassin père 3/5/1781 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2 E 65/489 A.D.E.L

[52] Inventaire après décés d’André Perche 20/7/1787 Notariat de La Loupe Etude Boullay   2E 65/512 A.D.E.L

[53] Inventaire après décés de Françoise Lavie veuve Charles Soret 16/2/1778 Notariat de Moutiers-au-Perche. Etude Charpentier de 4E 184/343 A.D.O

[54] Inventaire après décés de Charles Soret 1/7/1774 Notariat de Moutiers-au-Perche. Etude Charpentier de 4E 184/339 A.D.O

[55] La pension était payée par les membres de la famile proche, l’entretien pouvait aussi être pris sur la part de la succession du mineur ou sur les revenus de ses biens s’il y en avait. Le contrat précisait les engagements du preneur à savoir loger, nourrir, blanchi, chauffer, éclairer, gouverner et entretenir, avoir soin tant sain que malade, de l’envoyer au cathéchisme et aux petites écoles.

[56] La mise à prix de départ était de 30 livres.

[57] Bail à pension des mineurs Morenne 13/1/1769. Justice seigneuriale de La Loupe B 3110 A.D.E.L

[58] Bail à pension des mineurs Boucher 17/7/1787. Justice seigneuriale de La Loupe B 3119 A.D.E.L

[59] Bail à pension des mineurs Laillet 11/5/1764. Justice seigneuriale de La Loupe B 3119 A.D.E.L

[60] 13/10/1731 justice seigneuriale de La Loupe B 612 A.D.E.L

[61] J.P Gutton Op.cit., p. 103

[62] Ibid.; p 103 et suivantes

[63] En essayant d’imposer la Saint-Martin. (11 novembre).

[64] Ibid., p. 105

[65] C’est cette date qui est mentionnée dans dettes passives portant sur les gages dans les inventaires après décès.

[66] J.P Gutton opt.cit., p. 201

[67] Daniel Bernard Domestiques et journaliers en Bas-Berry au milieu du XIXe siècle in Moriceau, J.M., Madeline, Ph., (éd), Les petites gens de la terre. Paysans, ouvriers et domestiques (Moyen Âge – XXI° siècle), Caen, Presses universitaires de Caen/MRSH, p. 28

[68] Inventaire après décés de Le Roy Aubin, laboureur de Moutiers 12/1/1776. Notariat de Moutiers-au-Perche. Etude Charpentier de 4E 184/341 A.D.O

[69] Inventaire après décés de François Godet, bordager de Vaupillon 28/11/1770. Notariat de La Loupe .   Etude de Mousseau  2E 65/469 A.D.E.L

[70] Inventaire après décés de Jacqueline Lochon 9/12/1786. Notariat de La Loupe. Etude Boullay   2E 65/501 A.D.E.L

[71] Inventaire après décés de Louis Gasdon, 9/9/1793. Notariat de La Loupe. Etude Boullay 2E 65/519 A.D.E.L

[72] Inventaire après décés deMarie Jeanne Legendre, 2/1/1792. Notariat de La Loupe.    Etude Boullay 2E 65/517  A.D.E.L

[73] Inventaire après décés de Jacqueline Lochon 9/12/1786 Notariat de La Loupe. Etude Boullay   2E 65/501 A.D.E.L

[74] Inventaire après décés de Richard Denis 18/1/1790 Notariat de La Loupe. Etude Boullay   2E 65/515 A.D.E.L

[75] Jean-Pierre Gutton Op.cit., p. 116

[76] Jean-Pierre Gutton Op.cit., p. 114

[77] Ibid., p. 194

[78] Inventaire après décés de Jean  Lesboucq 22/4/1778   Notariat de Moutiers-au-Perche Etude Charpentier. 4E 184/343 A.D.O

[79] Ils en existent probablement d’autres dans les fonds notariaux dépouillés mais ces types de document ne font pas partie de ceux que nous ciblons.

[80] Quittance du 30/12/1759  Notariat de La Loupe Etude Mullot  2E 64/57 A.D.E.L

[81] Quittance du 15/8/1742  Notariat de La Loupe Etude Rousseau   2E 65/445 A.D.E.L

[82] Jean-Pierre Gutton.; p 114

[83] Contrat de mariage du 10/6/1769 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2 E 65/ 465 A.D.E.L

[84] Inventaire après décés Louise de Pantonnier. Cession André Grassin père 3/5/1781 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2 E 65/489 A.D.E.L

[85] Inventaire après décés de Barbe Serquet 6/2/1782 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2 E 65/ 491 A.D.E.L

[86] Inventaire après décés d’Isabelle Sangleboeuf. 21/7/1786 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2 E 65/501 A.D.E.L

[87] Inventaire après décés de Guillaume Lecointre 7/9/1772 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2E 65/473 A.D.E.L

[88] Inventaire après décés d’André Perche 20/7/1787 Notariat de La Loupe Etude Boullay   2E 65/512 A.D.E.L

[89] Inventaire après décés de Jacqueline Lochon 9/12/1786 Notariat de La Loupe Etude Boullay   2E 65/501 A.D.E.L

[90] Inventaire après décés de Jacques Evezard  7/2/1791 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2E 65/510 A.D.E.L

[91] Inventaire après décés de Marie Jeanne Levêque, 9 prairial an 9 (7/6/1799) Notariat de Moutiers-au-Perche Etude Charpentier. 4E 184/356 A.D.O

[92] Ibid., p. 109

[93] Nicolas Edme Restif de la Bretonne, La vie de mon père. Première édition, 1778

[94] Emmanuel Leroy-Ladurie Histoire de la France rurale, sous la direction de G. Duby et A Wallon Paris 1975 Tome II p 478 et suivantes …

[95] Jean-Pierre Gutton opt.cit., p. 110

[96] Ibid., p. 111

[97] Ibid., p. 110

[98] Les témoignages complets figurent dans l’article « Qui est responsable de la mort des porcs de François Dauvergne ? » publié dans ce blog dans la catégorie chroniques judiciaires bretoncelloises.

[99] Inventaire après décès de Jeanne Noëlle Levêque 19 prairial an 7 (7/6/1799) Notariat de Moutiers-au- Perche. Etude Charpentier. 4E 184/346 A.D.O

[100] Voir l’article Jean et Marie Jeanne, un exemple de relations sentimentales avant le mariage dans le Perche au XVIIIe siècle. Dans ce blog dans la catégorie les étapes de la vie.

[101] 21/2/1766 justice seigneuriale de La Loupe B 3109 A.D.E.L

[102] Le procès verbal est intégralement reproduit dans notre blog dans Les Chroniques judiciaires.

[103] 8/6/1785 justice seigneuriale de La Loupe B 3117 A.D.E.L

[104] Marcel Roupsard Les gens de céans au manoir de Gouberville in Moriceau, J.M., Madeline, Ph., (éd), Les petites gens de la terre. Paysans, ouvriers et domestiques (Moyen Âge – XXI° siècle), Caen, Presses universitaires de Caen/MRSH, p. 28

[105] Le rouissage est la macération que l'on fait subir aux plantes textiles telles que le lin, le chanvre, etc., pour faciliter la séparation de l'écorce filamenteuse avec la tige. Il se pratique par immersion plus ou moins prolongée.  à terre. https://fr.wikipedia.org/wiki/Chanvre

[106] Marcel Roupsard Op.cit., p. 27

[107] Jean-Pierre Gutton opt.cit., p. 110

[108] Ibid.,

[109] Ibid., p. 111

[110] Il peut être dévolu à des membres la famille : grand-parents, jeune adulte.

[111] Inventaire après décès de Jeanne Noëlle Levêque 19 prairial an 7 (7/6/1799) Notariat de Moutiers-au- Perche. Etude Charpentier. 4E 184/346 A.D.O

[112] Inventaire après décès de Denis Haye 7/5/1791 Notariat de La Loupe Etude Boullay   2E 65/516 A.D.E.L

[113] Inventaire après décès de René Mauté 24/2/1785 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2E 65/497 A.D.E.L

[114] Inventaire après décès de Robet Poulard 9 :4/1767 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2E 65/461 A.D.E.L

[115] Inventaire après décès de Marin Marchand 17/03/1781.Notariat de Moutiers-au- Perche. Etude Charpentier. 4E 184/346 A.D.O

[116] La valeur du franc et de l’ancienne  livre était sensiblement la même.

[117] Rédigé à partir de l’inventaire après décès de Jeanne Noëlle Levêque 19 prairial an 7 (7/6/1799) Notariat de Moutiers-au- Perche. Etude Charpentier. 4E 184/346 A.D.O

[118] Todd, Emmanuel, « Mobilité géographique et cycle de vie en Artois et en Toscane au au XVIII e siècle », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 30, 1975, n° 4, p. 726-744.

[119] Fulgence Delleaux. Op.cit.,

[120] Dans ce blog, Jean et Marie Jeanne, un exemple de relations sentimentales avant le mariage dans le Perche au XVIIIe siècle. On peut la retrouver dans la catégorie les étapes de la vie.

[121] 20/4/1705 B.M.S Bretoncelles (1702-1709) 3 NUMECRP61/EDPT 493_35_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[122] 7/7/1705 B.M.S Bretoncelles (1702-1709) 3 NUMECRP61/EDPT 493_35_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[123] Déclaration de grossesse de Jeanne Bouilly 21/1/1735. Justice seigneuriale de La Loupe B 616 A.D.E.L

[124] 18/1/1735, 7/2/1735 B.M.S Meaucé (1712-1742)  3E 240/002  www.archives28.fr A.D.E.L

[125] Déclaration de grossesse de Véronique Manguin 18/3/1792 Notariat de La Loupe Etude Boullay2 E 65/517  A.D.E.L

[126] 16/4/1792 B.M.S  ST Eliph (1791-1792)  3E 335/007  www.archives28.fr A.D.E.L

[127] Jean-Pierre Guton Op. Cit. p. 118

[128] Déclaration de grossesse de Renée Mauger 11/9/1769  Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2 E 65/466  A.D.E.L

[129] Déclaration de grossesse de Françoise Nicourt 13/3/1784. Justice seigneuriale de La Loupe B 3116 A.D.E.L

[130] Dans ce blog, Jean et Marie Jeanne, un exemple de relations sentimentales avant le mariage dans le Perche au XVIIIe siècle. On peut la retrouver dans la catégorie les étapes de la vie.

[131] Déclaration de grossesse de  Marie Hermenault  12/1/1766Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2 E 65/459 A.D.E.L

[132] 19/11/170 B.M.S Bretoncelles (1731-1736) 3 NUMECRP61/EDPT 493_37_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[133] Déclaration de grossesse d’Anne Bouilly  14/11/1731  Justice seigneuriale de La Loupe B 612 A.D.E.L

[134] Déclaration de grossesse de Marie Morenne 11/5/1780 Notariat de La Loupe Etude Creveux 2 E 64/68  A.D.E.L

[135] Déclaration de grossesse d’Anne Leger 11/1/1767   Justice seigneuriale de La Loupe B 3110  A.D.E.L

[136]  Déclaration de grossesse de Marguerite Buton 9/7/1783 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2 E 65/495  A.D.E.L

[137] Déclaration de grossesse de Françoise Millet 7/7/1765 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2 E 65/458  A.D.E.L

[138] Déclaration de grossesse de Louise Germond 5/10/1768 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2 E 65/464  A.D.E.L

[139]  Requête en justice auprès du Bailly de La Loupe de Louise Germond  10/11/1768  Justice seigneuriale de La Loupe B 3110  A.D.E.L

[140] 27/12/1705 B.M.S Bretoncelles (1702-1709) 3 NUMECRP61/EDPT 493_35_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[141] Requête en justice auprès du Bailly de La Loupe de Françoise Nicourt 29/3/1784. Justice seigneuriale de La Loupe B 3116 A.D.E.L

[142] Requête en justice auprès du Bailly de La Loupe de Louise Germond 10/11/1768. Justice seigneuriale de La Loupe B 3110 A.D.E.L

[143] Renée Mauger, Françoise Millet, Marguerite Buton, Louise Germond, Françoise Nicourt.

[144] Op.cit.; chapitre :  Déclarer sa grossesse.

[145] Et d’assigner les Tomblaine en justice. Requête Louise Germond Op.cit.,

[146] Requête Françoise Nicourt Op.cit.,

[147] Audience du 23 juin 1785 Justice seigneuriale de La Loupe B 3131 A.D.E.L

[148] Op. Cit., p. 206 Jean-Pierre Gutton développe ce théme dans les pages 207 à 213 de son ouvrage. Les études citées évoquent tant le mileu rural qu’urbain. L’accent est aussi mis sur les jeunes filles de la campagne placées en ville et se retrouvant enceintes coupées de tout soutien.

[149] Anne Fillon op.cit., p. 292

[150] Requête en justice auprès du Bailly de Vaupillon de Louise Rogder 22/9/1714 Justice seigneuriale de La Loupe B 610 A.D.E.L

[151] Ibid .,

[152] Cette affaire sera publiée dans la rubrique « affaires judiciaires » de ce blog ultérieurement.

[153] Jean-Pierre Gutton Op. Cit p., p. 121

[154]Ibid., p. 194

[155] Outre les aléas de la vie, l’obligation de soutenir sa famille pouvait mettre à mal la possibilté de se constituer une épargne en vue du mariage.

[156] Contrat  de mariage 15/1/1791 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2E 65/511 A.D.E.L

[157] Contrat  de mariage 9/1/1786 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2E 65/501 A.D.E.L

[158] Contrat  de mariage 15/1/1791 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2E 65/511 A.D.E.L

[159] Contrat  de mariage 8/1/1767 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2E 65/461 A.D.E.L

[160] Contrat  de mariage 9/1/1786 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2E 65/501 A.D.E.L

[161] Contrats  de mariage des 15/1/1791 et 16/10/1791 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2E 65/510 et 511 A.D.E.L

[162] Jean-Pierre Gutton Op. Cit., p 194

[163] Nous renvoyons à l’article Le mariage : le choix du conjoint publié dans ce blog pour la méthodologie  concernant ces chiffres, signalons cependant que La moyenne de l’âge direct porte sur 234 hommes et 370 femmes, l’indirect sur 123 et 128

[164] Un charron, un sabotier, un armurier, un tailleur d’habit.

[165] Un chargeur et un garde fondeur travaillant probablement à la fonderie du Moulin Renault de Vaupillon et un tireur de mines.

[166] Jean-Pierre Gutton opt.cit., p. 9

[167] Michel Bernard opt.cit., p. 57

[168] 4/6/1792 B.M.S Bretoncelles (1788-1792) 3 NUMECRP61/EDPT 493_43_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[169] 10/6/1755 B.M.S Bretoncelles (1754-1759) 3 NUMECRP61/EDPT 493_39_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[170] 4/11/1789 B.M.S Bretoncelles (1788-1792) 3 NUMECRP61/EDPT 493_43_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[171] 11/7/1769 B.M.S Bretoncelles (1768-1769) 3 NUMECRP61/EDPT 493_40_3 A.D.O http://archives.orne.fr

[172] 23/12/1763 B.M.S Bretoncelles (1763) 3NUMECRP61/3E2_061_4_1  A.D.O http://archives.orne.fr

[173] 27/6/1748 4/11/1789 B.M.S Bretoncelles (1741-1749) 3 NUMECRP61/EDPT 493_38_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[174] 22/6/1789 B.M.S Bretoncelles (1788-1792) 3 NUMECRP61/EDPT 493_43_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[175] La différence de revenus entre un bordager aisé et un petit laboureur n’est pas toujours importante.

[176] Jean-Pierre Gutton op.cit., p. 199

[177] Sur 25 conjoints  de servantes, nous avons retrouvé la nouvelle profession quelques années plus tard  de 12 d’entre-eux 6 sont journaliers citons aussi un bordager, un filassier, un tisserand, un boulanger …

[178] Jean-Pierre Gutton op.cit., p. 199

[179] Rédigé à partir de l’ Inventaire Pantonnier Louise  et la cession André Grassin père 3/5/1781 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2 E 65/489 A.D.E.L

[180] Estimation, la sole des bleds faisant 12 arpents.

[181] Non estimé car n’entrant pas dans la succession.

[182] 15/4/1773 BMS Bretoncelles 1772-1779 3NUMECRP61/EDPT493_41 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[183] Inventaire après décès de Louis Coignard 27/4/1773 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau. 2E 65/475 A.D.E.L

[184] Il n’est pas fait mention d’étable ou de bergerie, à moins que ces animaux soient chez quelqu’un d’autre mais en général c’est spécifié. Il y avait aussi trois vaisseaux à miel (ruche).

[185] Inventaire après décès de Françoise Douveau 25/1/1775 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau. 2E 65/479 A.D.E.L

[186] Elle était née le 15/4/1738 à Bretoncelles. BMS Bretoncelles 1737-1738 3NUMECRP61/EDPT 61/3E 2-061-2-4 A.D ORNE http://archives.orne.fr. Elle meurt 20/1/1775 1772-1779 3NUMECRP61/EDPT493_41 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[187] Inventaire après décès de Louise Douveau 24/11/1774 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau. 2E 65/479 A.D.E.L

[188] Il semble bien que certains biens proviennent de la succession de sa sœur Louise décédée en 1774 et de son mari, des similitudes sont relevés dans les deux inventaires : le lit, la vache, le pressoir, probablement rachetés lors de la liquidation de la succession. Inventaire après décès de Louise Douveau 24/11/1774 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau. 2E 65/479 A.D.E.L

[189] 16/2/1663 B.M.S Bretoncelles (1658_1663) 3 NUMECRP61/EDPT 493_12 A.D.O http://archives.orne.fr

[190] 16/5/1675 B.M.S Bretoncelles (1675) 3 NUMECRP61/EDPT 493_25 A.D.O http://archives.orne.fr

[191] 26/10/1676 B.M.S Bretoncelles (1676-1678) 3 NUMECRP61/EDPT 493_26 A.D.O http://archives.orne.fr

[192] 28/4/1675 B.M.S Bretoncelles (1675) 3 NUMECRP61/EDPT 493_25 A.D.O http://archives.orne.fr

[193] 25/12/ 1696 BMS (22 février 1696- 1699) 3NUMECRP61/EDPT493_34 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[194] 4/2/1704 B.M.S Bretoncelles (1702-1709) 3 NUMECRP61/EDPT 493_35_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[195] Jean-Pierre Gutton op.cit., p. 116

[196] Contrat de mariage du 6/9/1791 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2E 65/511 A.D.E.L

[197] Inventaire de Léonarde Villetrouvé 5/9/1791 Notariat de La Loupe Etude Mousseau 2E 65/511 A.D.E.L

[198] 13/8/1783 B.M.S Bretoncelles (1780-13/1/1786) 3 NUMECRP61/EDPT 493_42_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[199] 12/1/1784 B.M.S Bretoncelles (1780-13/1/1786) 3 NUMECRP61/EDPT 493_42_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[200] Contrat de mariage du 10/6/1769 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau 2 E 65/ 465 A.D.E.L

[201] 25/9/1753 B.M.S Bretoncelles (1753) NUMECRP61/3E2_061_3_2 A.D.O http://archives.orne.fr

[202] Ibid., p. 119

[203] Ibid.,

[204] Ibid.,

[205] Ibid., p .120

[206] Ce chapitre de généralité, redevable à Jean-Pierre Gutton, concerne le monde des domestiques tant urbain que rural.

[207] Jean-Pierre Gutton op.cit., p. 133

[208] Ibid., p. 134

[209] Ibid., p. 135

[210] Ibid.,  p.135 et suivantes

[211] Ibid.,  p.143

[212] Ibid.,  p.146

[213] Ibid.,  p.147

[214] 25/12/1696 BMS 15 février 1692-22 février 1696 3NUMECRP61/EDPT493_33 A.D ORNE http://archives.orne.fr

[215] Ibid., 

[216] Inventaire après décès de Louis Coignard 27/4/1773 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau. 2E 65/475 A.D.E.L

[217] Inventaire après décès de Françoise Douveau 25/1/1775 Notariat de La Loupe. Etude Mousseau. 2E 65/479 A.D.E.L

[218] Ibid.,